Luxemburger Wort, 27 juin 2009, Service & Termine, page 55
A travers les galeries d’art
«Le Roi ou la Reine» de Pascal Vochelet à la Leslie’s Artgallery à Bridel.
(FOTO: CHARLOT KUHN)

Clin d’oeil aux codifications, mélange des techniques et interactivité, le travail de Marc Pierrard s’inscrit résolument dans la modernité. (PHOTO: CHARLOT KUHN)
Luxemburger Wort, 19 juin 2009, La Vie Culturelle, pages 13 et 14
4 jeunes artistes, valeurs montantes de l’art actuel, dévoilent leur approche de la figuration.
Focus sur l’art figuratif
Indubitablement, la Leslie’s ArtGallery s’impose comme le pré carré de la figuration contemporaine. Leslie Barnig affiche encore une fois, aux cimaises de son espace de Bridel, ses goûts et ses couleurs pour l’art figuratif contemporain qui n’en finit pas de nous enchanter, de nous étonner et de nous bousculer parfois par son détournement des images.
par Nathalie Becker
Ainsi, elle a convié quatre jeunes artistes émergeants pour lesquels la figuration est le langage de prédilection, couplé à un désir commun de toucher du doigt le fantastique et l’onirique et surtout d’exprimer un certain désenchantement face à notre monde en perpétuelle mutation.
Le Japonais Teiji Hayama, par exemple, convoque sur la toile des références à l’histoire de l’art et également des symboles de la tradition chrétienne. Ses portraits éthérés de jeunes filles à peine nubiles à la carnation porcelainée outrageusement rehaussée de tatouages japonisants, sont à appréhender comme des icones modernes.
Si l’innocence et la pureté sont palpables dans ces compositions, une force étonnante et perturbante s’en dégage néanmoins, faisant des personnages de Hayama des sortes d’héroïnes indestructibles comme il y en a pléthore dans les mangas japonais. Cependant, il nous semble que ce qui intéresse particulièrement l’artiste dans le choix de ses jeunes corps d’apparence fragile est la mutation qui apparaît lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Période où la recherche et la construction d’une identité propre ainsi que l’affirmation d’une image de soi sont dominantes et passent parfois par des spécificités tels le tatouage, le piercing ou encore l’appartenance à un groupe codifié.
Quant au désopilant artiste français Franck Omer, il nous ouvre une brèche vers l’imaginaire dans ses toiles qui n’ont rien de doucereuses et mièvres rêveries. Bien au contraire, dans une fantasmagorie à la Jérôme Bosch, l’artiste déboulonne les icônes enfantines et les transpose dans un monde apocalyptique, terriblement gouailleur et grinçant.
Son registre oscille entre Lewis Carroll et Dante, entre le gore, le trash et l’humour un brin scatologique. Ses toiles sont des saynètes chaotiques où des fondements béatifiés et bien dodus jouent du pipeau, où les bassets Hound sont canonisés et deviennent les intercesseurs des causes désespérées. Les références aux croyances et religions sont légion dans ce travail jubilatoire et, il faut l’avouer, délicieusement «loufdingue».
Une lacune réparée
Marc Pierrard est quant à lui un artiste dont nous déplorons la trop grande discrétion sur la scène luxembourgeoise au regard de son talent et son inventivité. Nous avions découvert son travail empli de références aux grands maîtres et courants de l’histoire de l’art en 2007 au théâtre d’Esch. Et depuis lors, point de Marc Pierrard aux cimaises des galeries. Leslie Barnig répare cette lacune en lui offrant une belle visibilité dans l’exposition.
Son oeuvre imposante intitulée «The Alternative to Nothing» est une intelligente déclinaison de l’art brut, du Ready made, du conceptuel avec le tube au néon et de la peinture classique. Clin d’oeil aux codifications, mélange des techniques et interactivité, le travail de Marc Pierrard s’inscrit résolument dans la modernité.
Enfin, Pascal Vochelet qui a un talent inouï pour nimber ses compositions d’une atmosphère particulière entre intimité et fantaisie, présente son nouveau cycle intitulé «Familiarité». Ce titre peut prêter à confusion car, contrairement aux oeuvres déjà présentées à la Leslie’s ArtGallery, il ne s’agit pas d’instantanés décalés du quotidien familial mais d’oeuvres réalisées à partir de photographies de quidams saisis à la dérobée dans la rue ou sélectionnées sur Internet.
Pascal Vochelet s’attache à donner à ces inconnus une identité, une biographie. L’intimité qu’il dévoile de ces êtres est alors purement fictive et imaginaire et accentue le trouble de l’atmosphère, déjà intensifié par le chromatisme et le rendu évanescent.
Tout est donc virtuel dans cette production hormis la technique sur rhodoïd de Vochelet, toujours aussi surprenante. Précisons également que Leslie Barnig a invité une cinquième artiste, Catherine Ryan, dont les oeuvres viennent seulement d’arriver voilà quelques jours suite à une trop grande vigilance des contrôles douaniers. Cette jeune artiste américaine qui revisite et revivifie la peinture animalière est donc à découvrir au plus vite à Bridel.
Jusqu’au 27 juin à la Leslie’s ArtGallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel. (NdlR : exposition prolongée jusqu’au 25 juillet 2009)
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Luxemburger Wort, 10 juin 2009, La Vie Culturelle, page 15, Nouvelles Expositions
La Leslie’s Artgallery, 66 rue de Luxembourg à Bridel, expose jusqu’au 27 juin du «New figurative contemporary art» avec les artistes peintres Pascal Vochelet, Teiji Hayama, Marc Pierrard, Catherine Ryan, Franck Omer. La galerie est ouverte du mardi au samedi de 15 à 19 heures.
Le Quotidien, 10.6.2009, Culture, pages 33 et 35
La Leslie’s Artgallery expose quatre jeunes artistes internationaux, valeurs montantes de l’art figuratif. Au menu, du fantastique, des détournements… et du talent.
C’est tout un monde!
EXPOSITION La nouvelle vague internationale de l’art figuratif débarque au Luxembourg. Frais et enthousiasmant.
Quatre jeunes artistes déforment la réalité et se jouent de l’imaginaire populaire pour créer, chacun à leur manière, un monde fantastique.
De notre journaliste Grégory Cimatti
Ils sont différents, et pourtant, si ressemblants. À leur manière. Une filiation délicate, comme s’ils s’étaient réunis en douce avant, histoire de trouver un fil rouge à leurs travaux hétérogènes. Ici, c’est une jeunesse enthousiasme qui est aux commandes, sceptiques sur le monde qui l’entoure, à qui on ne l’a fait plus. Finies les histoires pour enfants, ces contes sucrés et colorés, cet univers scintillant, bancal à sa base, auquel pourtant il faut croire, alors que la réalité est tout autre.
Place au désenchantement, à l’ironie grinçante, à la décapitation des représentations symboliques. Ce gros coup de poing dans la figure que l’on prend lorsque l’on découvre ce qui se passe de l’autre côté du rideau. Le plus cinglant de cette bande informelle, c’est bien Franck Omer. Avec lui, pas d’Odyssée, mais plutôt l’apocalypse, tout en couleurs et en détails. Ce dernier adore déjouer l’imaginaire collectif, se moquant des lieux communs jusqu’à la dérision, s’amusant et passant à la moulinette les références enfantines. S’agitant sous un ciel rouge sang, son univers est composé d’un drôle de troupeau : hommes citrouilles, lapins morts, culs (terreux) jouant du pipeau, se côtoyant dans un chaos graphique.
Les icônes modernes de Teiji Hayama
Ses oeuvres usent des figures emblématiques du conte, de l’iconographie religieuse et même du cinéma, pour mieux les réinterpréter. Obscures et obscènes saynètes, celles d’un monde à la dérive vu par les yeux d’un (grand), enfant, dans une confrontation de sens et de nonsens. Celui qui lui emboîte le mieux le pas est sans conteste son compatriote Pascal Vochelet.
Lui s’approprie la réalité, usant de photographies personnelles ou d’inconnus comme base de son travail. De cette figuration de la cellule familiale, ce microcosme à l’apparence tranquille, il en fait une sorte de grande fable théâtrale, avec ces masques à cornes qu’il colle sur le visage de ses personnages. On pourrait se croire dans un monde fantasmagorique, aux nuances violettes et bleues et à l’aspect assez sale, comme si une fine pluie avait marqué le tableau de son empreinte humide. On serait plutôt dans un monde désabusé, à l’agonie. Une belle farce, en somme.
De son côté, le Japonais Teiji Hayama, valeur montante de l’art figuratif – il vient d’exposer chez Saatchi – révèle ses splendides toiles, où figurent ces icônes modernes, nues et innocentes, dans une approche moderne du catholicisme. De jeunes femmes, belles et fragiles, dont la pâleur tranche avec ces arrogants tatouages, qui donnent du dynamisme à l’ensemble. Dans son oeuvre, il mêle la religion à de nombreux clins d’oeil à sa culture, aussi bien anciens (calligraphies) que modernes (pop-art). Le résultat est détonant, attirant.
Marc Pierrard, artiste à la créativité insatiable, détourne lui aussi l’histoire de l’art. Lui ne voit que les choses en grand. Preuve en est avec cette imposante oeuvre intitulée The Alternative to Nothing, où il marie le brut, le «ready-made» et la peinture traditionnelle. Un travail d’équilibriste, avec cette opposition des techniques. Ce jeune Luxembourgeois – qui sort à peine de «l’oeuf» – se rie, comme ses compères, des codes et des lieux communs, léger et efficace. Un cas à suivre. Enfin – et c’est le seul bémol – on aurait dû voir également le travail de l’Américaine Catherine Ryan. Mais le quintette de départ s’est transformé en quatuor, en raison d’un excès de zèle aux frontières. Les oeuvres, elles, sont toujours en chemin. Merci les douaniers..
Leslie’s Artgallery – Bridel. Jusqu’au 27 juin
Le mot du galeriste
«J’ai réuni des artistes qui ont des points communs, visibles au premier coup d’oeil. Tout d’abord, il y a ce style fantastique et imaginaire, avec le thème de la mutation qui revient en permanence. L’idée du déguisement est aussi récurrente. De plus, ce sont tous des jeunes talents, aux alentours de la trentaine. Ils font partie de la vague montante de la figuration contemporaine.»
Leslie Barnig