Luxemburger Wort : Medusae et muscae

October 5th, 2009
Damien Louche-Pelissier pique ses compositions, de bric et de broc, sur des panneaux ou dans des boîtes prêtes à être accrochées dans un cabinet de curiosités. (Photo : Gerry Huberty)

Damien Louche-Pelissier pique ses compositions, de bric et de broc, sur des panneaux ou dans des boîtes prêtes à être accrochées dans un cabinet de curiosités. (Photo : Gerry Huberty)

Luxemburger Wort, 5 octobre 2009, Kultur, page 12

A la Leslie’s Artgallery

Marine Karbowski et Damien Louche-Pelissier transfigurent le réel

par Nathalie Becker

«Je peins comme je le désire, comme je le fantasme» – Avec ces quelques mots, Marine Karbowski, la jeune artiste française que nous présente actuellement Leslie Barnig en sa galerie de Bridel, donne le ton.

Libre, singulière et affranchie, la jeune femme a trouvé dans la peinture le médium idéal pour laisser libre cours à sa fantaisie et à son désir de transcrire le grotesque et l’absurde qui parfois régit notre quotidien. Dans sa palette, Marine Karbowski cherche les couleurs de l’impossible, tend vers des élans fauves tout en les modérant et ainsi nous offre des compostions nimbées d’une atmosphère particulière et surréalisante.

Ses toiles sont pour elle une échappée vers le monde du rêve, au-delà d’un réel qui parfois manque de saveur. Alors, elle s’imagine son propre monde où «le capitaine n’est pas à bord», mais consulte tel des oracles, des méduses, où le boeuf paît dans une mangrove, où le forgeron affectionne des champignons pour le moins hallucinogènes.

Ce répertoire déroutant mais d’une grande fraîcheur, l’artiste l’a puisé dans des sources littéraires. En effet, son intérêt pour les grands nouvellistes de la fin du XXe siècle comme Guy de Maupassant, Edgar Allan Poe et Guillaume Apollinaire est palpable. Il y a sans doute un Horla dans l’esprit de Marine lorsqu’elle peint.

Fascinée par les peintres Lucian Freud et Egon Schiele, influencée par les auteurs John Maxwell Coetzee et James Ellroy, impressionnée par le psychanalyste Carl Gustav Jung et le philosophe Gilles Deleuze et touchée par les deux frères cinéastes Joël et Ethon Cohen, elle ne pouvait que nous offrir des oeuvres oniriques et fantasmagoriques. Remarquons cependant que cet univers est également mâtiné de quelques reflux angoissants. Le rêve parfois vire au cauchemar et cette caractéristique Schiele ne la renierait pas.

Marine Karbowski ne souffre pas du Syndrome de Peter Pan, elle grandit intérieurement grâce à sa peinture, se forge une vie parallèle, une bouffée d’oxygène qu’elle partage avec le spectateur. Car spectacle il y a en effet, dans chaque centimètre carré de la toile. Déstabilisant et surprenant, le monde de Marine Karbowki a beaucoup à nous apprendre et en particulier, de ne pas nous prendre au sérieux et laisser vivre nos rêves.

Un entomologiste de l’imaginaire

Damien Louche-Pelissier quant à lui, est un artiste d’origine grenobloise, vivant et travaillant à Marseille. Se qualifiant lui-même d’entomologiste de l’imaginaire, il glane depuis près de dix ans des morceaux de bois, des pétales, des brindilles, des feuilles et les métamorphose en abuleux et élégants papillons, impressionnants phasmes, ou vulgaires mouches et autres hexapodes.

Parvenu au monde des insectes, par son intérêt pour le végétal, l’artiste a toujours été fasciné par les similitudes et le mimétisme entre ces deux univers. Ainsi sont nées les hordes volantes et grouillantes faites de glands, de coques, de fanes, de pommes de pin qui nous évoquent à merveille les bestioles qui parfois nous rebutent.

Tel le scientifique, il pique ses compositions, de bric et de broc, sur des panneaux ou dans des boîtes prêtes à être accrochées dans un cabinet de curiosité. Ce «Microcomos» singulier qui célèbre l’éphémère et le fragile fait de l’artiste un grand résistant des illusions perdues. Le monde de l’enfance résonne encore dans un tel travail mais également un certain «Memento mori». La beauté convulsive qui émane des oeuvres de Damien Louche-Pelissier valse en effet, avec un sentiment morbide.

Néanmoins, l’onirique n’est jamais loin tout comme la poésie d’ailleurs dans cet art à part, ébouriffant de réalisme, qui joue avec la confusion des genres pour aboutir à une nouvelle espèce mi-végétale mi-animale. Cette invasion d’insectes va sans doute rebuter les phobiques, toutefois n’oublions pas qu’il est tellement jubilatoire et salvateur de se faire peur.

Jusqu’au 10 octobre à la Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel.

Le Quotidien : Au-delà du Réel – Marine KARBOWSKI

September 11th, 2009

Le Quotidien, 11.9.2009, Culture, pages 1, 41, 43

C’est tout un monde!

EXPOSITION Marine Karbowski dévoile son univers. Parfois absurde, souvent onirique. Toujours en décalage.

Donner une autre vision du réel et s’amuser de situations extravagantes : telles sont les inspirations de la peintre. Avec elle, il y a toujours une porte ouverte sur un monde flashy tout en fantaisie. Place, donc, à l’évasion!

par Grégory Cimatti

Le Quotidien 11.9.2009 page 41

Le Quotidien 11.9.2009 page 41

De prime abord, s’il n’y avait pas cette surenchère de couleurs explosives, avec ce ciel sans azur et cette terre sentant le soufre, jaunie et craquelée, sans oublier quelques symboles déroutants, parsemés ici et là, on pourrait croire que Marine Karbowski fait dans l’authentique. Pêcheur rêveur, les yeux dans le(s) vague(s), contemplant «son» port. Animaux, figés et interrogatifs, qui attendent on ne sait quoi… Rien de très fantasmagorique, en somme. Mais c’est mal connaître la jeune femme, qui aime prendre son monde à contre-pied.

Les pieds de nez, c’est son domaine. L’incongru, sa philosophie. «J’aime cet humour-là dans la vie, les choses en décalage», lâchet-elle tout de go. Et comme pour ne pas se sentir trop enracinée et prisonnière d’un environnement «trop fade et trop structuré» à son goût, elle se permet de nombreuses échappées, empruntant dès qu’elle le peut des portes dérobées. «C’est clair, je m’efforce de parler du réel, mais en le dépassant, en créant des paysages à moi, explique-t-elle. Ils deviennent mes terrains de jeu, que je garnis à l’instar d’un metteur en scène. Et mon penchant pour le surréalisme et l’absurde fait le reste»…

C’est ainsi que les formes, tout en dualité, apparaissent, et que les teintes, libres et folles, se laissent aller à l’excentricité et à l’anarchisme, pour un univers onirique, magique, parfois angoissant, voire apocalyptique. Puis arrivent les personnages, à peine humains, acteurs statiques souvent utilisés à contre-emploi, placés dans des situations qui leur échappent, dans un milieu qui n’est pas le leur. Là, un homme sciant un poteau télégraphique, ici, un arbre aux pendus, têtes à l’envers, ou encore ce capitaine, laissant son bateau voguer sans lui, alors qu’il consulte… des méduses.

Univers déstabilisants et familiers

Le Quotidien 11.9.2009 page 43

Le Quotidien 11.9.2009 page 43

Forcément, quand on connaît le penchant littéraire de l’artiste, on pense de suite aux grands nouvellistes fin de siècle comme Guy de Maupassant, Edgar Allan Poe et Guillaume Apollinaire. Elle évoque aussi les peintres Lucian Freud et Egon Schiele, les auteurs John Maxwell Coetzee et James Ellroy, le psychanalyste Carl Gustav Jung, le philosophe Gilles Deleuze et, pour que la panoplie soit complète, les deux frères cinéastes Joel et Ethan Cohen.

On aurait aussi envie d’ajouter David Lynch, notamment pour ses derniers travaux, avec ces animaux – un thème récurrent chez elle – placés au beau milieu d’une forêt. Un écureuil saurait quoi faire, pas un cheval, ni un mouton, et encore moins un rhinocéros! On est clairement dans l’apparition, le fantomatique, le fantastique.

L’exposition regroupe des toiles grands formats – ainsi que des dessins – datant des quatre dernières années. De quoi avoir un panel assez représentatif des orientations et des humeurs de Marine Karbowski. On passe du bouillonnant au spleen. Aurait-elle perdu le goût de rire? «C’est vrai que les premières peintures font un peu “adolescentes”, alors que les dernières sont nettement plus mélancoliques, avec des couleurs atténuées. J’ai peut-être murie!»

Pour autant, ces univers, certes distincts, restent déstabilisants et immédiatement familiers, jusque dans leur angoisse. Reste à jeter un oeil sur les titres, qui accompagnent merveilleusement bien ces oeuvres tout en rupture Le Capitaine n’est pas à bord, il caresse son renard, Les Champignons du forgeron ne sont pas comestibles, Parler morse, ou encore, l’excellent Ici, c’est l’enfer, mais peuton y manger des glaces? Pas de raison de se tromper, on est clairement dans le 58e degré, pour un voyage dans un royaume parallèle. Une grande parade de rêves grinçants.

Leslie’s Artgallery – Bridel. Jusqu’au 10 octobre.

Le mot du galeriste

Le Quotidien 11.9.2009 page 1

Le Quotidien - Un monde à part

«J’aime particulièrement le fauvisme qui se dégage de son travail, avec ces accents de couleurs fictives. Ici, ça explose dans tous les sens, même si la toile reste “calme”. En effet, sa peinture conserve une certaine profondeur, comme une âme. Avec Marine Karbowski, rien n’est plat. Ce n’est pas de simples illustrations, bien au contraire. Plus on s’approche de l’oeuvre, plus on découvre son côté surréaliste. C’est ce regard, cette approche et cette fraîcheur artistiques qui me plaisent beaucoup.»

Leslie Barnig

Luxemburger Wort : Marine KARBOWSKI et Damien LOUCHE-PELISSIER

September 10th, 2009
Luxeburger Wort 10.9.2009

Luxemburger Wort 10.9.2009

Luxemburger Wort, 10 septembre 2009, La Vie Culturelle, page 14

Leslie’s Artgallery, 66-68, rue de Luxembourg à Bridel, expose la série de peintures de Marine Karbowski «je cherche les couleurs de l’impossible», ainsi que les sculptures de Damien Louche-Pelissier, plasticien «entomologiste imaginatif» jusqu’au 10 octobre. La galerie est ouverte du mardi au samedi de 15 à 19 heures.