Luxemburger Wort : Focus sur l’art figuratif

June 19th, 2009
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Clin d’oeil aux codifications, mélange des techniques et interactivité, le travail de Marc Pierrard s’inscrit résolument dans la modernité. (PHOTO: CHARLOT KUHN)

Luxemburger Wort, 19 juin 2009, La Vie Culturelle, pages 13 et 14

4 jeunes artistes, valeurs montantes de l’art actuel, dévoilent leur approche de la figuration.

Focus sur l’art figuratif

Indubitablement, la Leslie’s ArtGallery s’impose comme le pré carré de la figuration contemporaine. Leslie Barnig affiche encore une fois, aux cimaises de son espace de Bridel, ses goûts et ses couleurs pour l’art figuratif contemporain qui n’en finit pas de nous enchanter, de nous étonner et de nous bousculer parfois par son détournement des images.

par Nathalie Becker

Ainsi, elle a convié quatre jeunes artistes émergeants pour lesquels la figuration est le langage de prédilection, couplé à un désir commun de toucher du doigt le fantastique et l’onirique et surtout d’exprimer un certain désenchantement face à notre monde en perpétuelle mutation.

Le Japonais Teiji Hayama, par exemple, convoque sur la toile des références à l’histoire de l’art et également des symboles de la tradition chrétienne. Ses portraits éthérés de jeunes filles à peine nubiles à la carnation porcelainée outrageusement rehaussée de tatouages japonisants, sont à appréhender comme des icones modernes.

Si l’innocence et la pureté sont palpables dans ces compositions, une force étonnante et perturbante s’en dégage néanmoins, faisant des personnages de Hayama des sortes d’héroïnes indestructibles comme il y en a pléthore dans les mangas japonais. Cependant, il nous semble que ce qui intéresse particulièrement l’artiste dans le choix de ses jeunes corps d’apparence fragile est la mutation qui apparaît lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Période où la recherche et la construction d’une identité propre ainsi que l’affirmation d’une image de soi sont dominantes et passent parfois par des spécificités tels le tatouage, le piercing ou encore l’appartenance à un groupe codifié.

Oeuvre de Teiji Hayama

En haut à gauche : oeuvres de Teiji Hayama

Quant au désopilant artiste français Franck Omer, il nous ouvre une brèche vers l’imaginaire dans ses toiles qui n’ont rien de doucereuses et mièvres rêveries. Bien au contraire, dans une fantasmagorie à la Jérôme Bosch, l’artiste déboulonne les icônes enfantines et les transpose dans un monde apocalyptique, terriblement gouailleur et grinçant.

Son registre oscille entre Lewis Carroll et Dante, entre le gore, le trash et l’humour un brin scatologique. Ses toiles sont des saynètes chaotiques où des fondements béatifiés et bien dodus jouent du pipeau, où les bassets Hound sont canonisés et deviennent les intercesseurs des causes désespérées. Les références aux croyances et religions sont légion dans ce travail jubilatoire et, il faut l’avouer, délicieusement «loufdingue».

Une lacune réparée

Marc Pierrard est quant à lui un artiste dont nous déplorons la trop grande discrétion sur la scène luxembourgeoise au regard de son talent et son inventivité. Nous avions découvert son travail empli de références aux grands maîtres et courants de l’histoire de l’art en 2007 au théâtre d’Esch. Et depuis lors, point de Marc Pierrard aux cimaises des galeries. Leslie Barnig répare cette lacune en lui offrant une belle visibilité dans l’exposition.

Son oeuvre imposante intitulée «The Alternative to Nothing» est une intelligente déclinaison de l’art brut, du Ready made, du conceptuel avec le tube au néon et de la peinture classique. Clin d’oeil aux codifications, mélange des techniques et interactivité, le travail de Marc Pierrard s’inscrit résolument dans la modernité.

Enfin, Pascal Vochelet qui a un talent inouï pour nimber ses compositions d’une atmosphère particulière entre intimité et fantaisie, présente son nouveau cycle intitulé «Familiarité». Ce titre peut prêter à confusion car, contrairement aux oeuvres déjà présentées à la Leslie’s ArtGallery, il ne s’agit pas d’instantanés décalés du quotidien familial mais d’oeuvres réalisées à partir de photographies de quidams saisis à la dérobée dans la rue ou sélectionnées sur Internet.

Pascal Vochelet s’attache à donner à ces inconnus une identité, une biographie. L’intimité qu’il dévoile de ces êtres est alors purement fictive et imaginaire et accentue le trouble de l’atmosphère, déjà intensifié par le chromatisme et le rendu évanescent.

Tout est donc virtuel dans cette production hormis la technique sur rhodoïd de Vochelet, toujours aussi surprenante. Précisons également que Leslie Barnig a invité une cinquième artiste, Catherine Ryan, dont les oeuvres viennent seulement d’arriver voilà quelques jours suite à une trop grande vigilance des contrôles douaniers. Cette jeune artiste américaine qui revisite et revivifie la peinture animalière est donc à découvrir au plus vite à Bridel.

Jusqu’au 27 juin à la Leslie’s ArtGallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel. (NdlR : exposition prolongée jusqu’au 25 juillet 2009)

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