Luxemburger Wort : Billets d’humeurs – Marc PIERRARD

November 6th, 2009
Wort 6.11.2009 page 17

Wort 6.11.2009 page 17

Luxemburger Wort, 6.11.2009, La vie culturelle, page 17

Konschthaus beim Engel

Marc Pierrard dresse un état des lieux sociétal

par Nathalie Becker

Rien que par son intitulé «La politesse du désespoir», audacieuse paraphrase de Boris Vian qui donne un ton doux-amer, l’exposition consacrée à Marc Pierrard au Konschthaus beim Engel est un vigoureux coup de pied dans la fourmilière.

En effet, le jeune artiste pluridisciplinaire, né à Esch en 1974, a réalisé des oeuvres qui traitent toutes de problèmes et de phénomènes de la société. La crise mondiale, la religion, les faux-pas de l’éducation, l’omniprésence des nouveaux médias sont abordés et mettent l’accent sur le rôle et sur le libre arbitre de l’individu, souvent noyé dans la masse

Empli de références empruntées aux maîtres anciens de la peinture, à la littérature contemporaine et cynique comme celle de l’auteur et musicien electropunk Dirk Bernemann, lequel a d’ailleurs participé à l’élaboration d’une des oeuvres présentées, le travail de Marc Pierrard sonde en profondeur et avec beaucoup d’humour noir les failles de notre société.

Et le moins que l’on puisse dire est qu’il met du coeur à cet ouvrage. Sans concession, ni faux semblant, l’artiste joue sur un registre un brin «trash», avec un code visuel assez agressif qui nous évoque les déroutantes expérimentations de l’artiste américain Paul Mc Carthy. Sans cesse, Marc Pierrard sollicite notre action. Il fait de nous, non pas des spectateurs mais de véritables acteurs de son exposition aux allures de performances. Dès l’entrée de la galerie, nous voilà sollicités. Nous devenons voyeur en plaçant notre tête dans des niches à chien dont l’intérieur est entièrement décoré de collages et de peintures très sixtiniennes. Le résultat, à la fin de cette expérience qui nous demande une certaine souplesse, est notre propre image qui décore la niche.

Déroutant, ludique, décalé, ce travail ne manque pas d’audace et nous transforme en modèle et sujet impromptu de l’oeuvre. Ailleurs, Marc Pierrard se construit son petit univers aux accents proche de ceux de l’actionnisme viennois. Ces oeuvres revêtent alors le sens des aphorismes et autres jeux de mots comme dans son installation en hommage au regretté Michel Majerus intitulée «Es riecht nach Gas».

Une violence latente

Cette exposition est également une manière pour Marc Pierrard d’aborder le corps humain, notre enveloppe, notre apparence. En effet, ses personnages souffreteux, à la musculature tendue ou à l’embonpoint digne de celui d’un silène antique, aux membres parfois mutilés, sont de véritables exercices de styles sur la mutation. Métamorphiques, ils sont nos avatars, nous qui devons nous plier aux exigences d’un monde qui parfois ne nous sied pas, nous oppresse, nous torture. Il est évident qu’une violence latente émane de certaines oeuvres, mais elle est à appréhender, malheureusement, comme celle de notre société. Bien que l’artiste ne se place en aucun cas comme un donneur de leçon, il exprime avec ses propres moyens artistiques, sa vision faussement noire du monde qui l’entoure, abordant des sujets, difficiles comme les abus faits aux enfants, économiques, comme la mondialisation ou les affres de la société de consommation.

Certes, ses compositions sont parfois cauchemardesques, puisant chez Bosch ou chez le peintre de la figuration narrative, Erro. Quoi qu’il en soit, son propos est intelligent et intelligible. Bien que, parfois, la vision qu’il transcrit est un peu radicale.

Marc Pierrard nous offre alors une poésie étrange, un peu «baroque », un peu «loufdingue», mais qui a la faculté de repousser les limites de l’imaginaire afin de nous faire prendre conscience de la réalité.

Jusqu’au 8 novembre au Konschthaus beim Engel. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 12 h et de 13 à 19 h.