Luxemburger Wort : Le “graff” comme exutoire – KOKIAN

June 27th, 2007
Luxemburger Wort 27.6.2007

Luxemburger Wort 27.6.2007

Luxemburger Wort, mercredi, 27 juin 2007, Kultur, page 15

Exposition KOKIAN à la Leslie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Coup de maître de la part de la galeriste Leslie Barnig que de recevoir à Bridel, l’artiste français Kokian, digne héritier du génie néo-expressionniste du «bad painting» que fut Basquiat, et actuelle valeur sûre et figure montante de l’art contemporain. Né en 1971 à Paris, Kokian va passer son enfance entre la Birmanie et le Maroc avant un retour choc en banlieue.

Gamin solitaire, il aura pour seule compagne la peinture, son mode d’expression favori. Plus tard, il connaîtra la rue, la solitude, la misère et crachera sur les murs son incompréhension, sa rage envers la société par le biais de tags et de graffitis vindicatifs, véritables coups d’aiguillon à l’indifférence, à l’injustice. Kokian est un électron libre, impulsif, instinctif, provocateur.

Un témoin acteur

Il va trouver sa voie à New-York en 1995 et y affirmer son style, s’émanciper de la leçon assimilée de Basquiat et de la figuration libre du désinvolte et vibrionnant Combas. Son atelier sera une nouvelle fois la rue et il saura par sa facture originale, attirer le regard des amateurs et des dénicheurs de talent. Après des expositions dans des lieux insolites telles des discothèques, viendra la consécration et l’intérêt des médias.

Kokian va transmuter la surface pariétale en champ pictural, et avec toujours la même véhémence, fixer sur la toile des slogans rageurs, y ajouter des éléments rapportés comme des affiches défraîchies. La femme et ses formes opulentes est un modèle de prédilection. Souvent, ce sont de jolies fleurs de trottoir. Kokian raffole de cet univers interlope, il a même rendu hommage à l’ennemi public numéro un des années 70, Jacques Mesrine dans une de ses oeuvres. Ailleurs, l’allusion au dégât provoqué par les substances illicites et leurs paradis artificiels est également omniprésente ainsi que le dieu dollar et ses idolâtres. Et puis, il y a le geste scriptural, incisif, cinglant et gouailleur.

L’artiste est aussi très perméable aux affres de notre monde, n’oublie pas les horreurs de la guerre, les exilés et les victimes des guerres civiles comme celles du Darfour. Revendications écologiques, politiques, sociales, vigoureux coup de pied dans la fourmilière de la société de consommation, l’art de Kokian est un engagement aux allures de raz de marée, de flux tonitruant de signes, de mots, de supplications, d’avertissements péremptoires où nous nous laissons emporter avec délectation car il est bon parfois de remettre les pendules à l’heure et ça Kokian le fait sans s’imposer en donneur de leçon mais en témoin acteur de notre société contemporaine déliquescente.

Jusqu’au 30 juin à la Leslie’s Artgallery, 66-68, rue de Luxembourg Bridel. Ouvert mercredi, jeudi, vendredi de 17 à 20 heures, ainsi que samedi et dimanche de 15 à 20 heures.