Luxemburger Wort : Corps, chair et sensation – Frédéric HEGO

February 23rd, 2008
Luxemburger Wort 23.2.2008

Luxemburger Wort 23.2.2008

Luxemburger Wort, jeudi, 23 février 2008, La vie culturelle, page 23

Frédéric Hégo à la Leslie’s Artgallery

par Mireille Petitgenêt

Après plusieurs expositions collectives à la Leslie’s Artgallery, Frédéric Hégo est de retour à Bridel avec une exposition qui lui est entièrement consacrée.

Ses peintures ne peuvent laisser le spectateur indifférent: ce dernier est directement confronté, sans détour, à des portraits d’hommes, de femmes, d’enfants dont les corps nus ou hybrides, mi-homme mi-animal, sont marqués par la déformation, la laideur. L’artiste se plaît à travailler le corps, la chairmatière comme pourrait le faire un sculpteur; il racle, étale, superpose, il marque la chair par de larges traces d’où s’échappent des coulures qu’il laisse volontairement dégouliner, telles des plaies que le temps finira par sécher. Frédéric Hégo explique: «Je brosse des carnes fermes et diaphanes, à l’aide d’un couteau je racle la couenne rosâtre, d’un revers de main j’étale la matière grasse et colorée. Je superpose des touches incertaines, mal-habiles et c’est bien comme ça».

Pour l’artiste, il s’agit de représenter la nature humaine, la mécanique animale de notre espèce dans ce qu’elle a de sauvage et de délicatement crue. Il a entrepris des études d’anatomie pour mieux déconstruire par la suite le corps humain, pour mieux le décomposer. Sa peinture est populaire, réaliste et concrète, Frédéric Hégo ajoute: «Je peins des bêtes affaiblies par la peur. Je peins des monstres de pouvoir. Je peins comme on est». Ses oeuvres peuvent par moment nous déranger et nous mettre mal à l’aise même si elles ne manquent pas d’humour et de décalage. En effet, ses portraits et plus particulièrement celui qui représente un chien ne sont pas sans évoquer ceux que l’on pourrait rencontrer dans certains intérieurs bourgeois.

Un humour grinçant que l’on retrouve aussi bien dans les titres de ses oeuvres comme par exemple «Nadine – ça ira!» ou «Bébé – vu à la télé» qu’au travers de clins d’oeil fait à d’autres artistes comme le «Grand nu – d’après Picasso», ou encore à notre société, à notre réalité par le collage sur la toile de morceaux de tissu, de papier ou de tapisserie.

Une exposition qui interpelle et ne peut laisser indifférent.

Jusqu’au 28 février à la Leslie’s Artgallery à Bridel, 66-68 rue de Luxembourg. Ouverte du mecredi au dimanche de 15 à 18 heures. Tél. 621 132 890.