Le Quotidien : Icônes du pays du Soleil-Levant – Teiji HAYAMA

December 11th, 2009
Le Quotidien 11.12.2009 page 39

The Bath. Les personnages de Teiji Hayama évoluent toujours entre fragilité physique et force d'esprit.

Le Quotidien, 11.12.2009, Culture, pages 37 et 39

EXPOSITION La Leslie’s Artgallery de Bridel présente l’étonnante oeuvre du peintre japonais Teiji Hayama.

De notre journaliste Pablo Chimienti

Inauguré la semaine dernière, en présence de l’artiste japonais installé en Suisse, la nouvelle exposition Teiji Hayama occupe, avec 15 tableaux et 7 dessins, tout le rez-de-chaussée de la Leslie’s Artgallery de Bridel.

De l’art religieux à la Leslie’s Artgallery? Au premier abord, on a du mal à y croire. Et pourtant, ces portraits de jeunes femmes très blondes et très blanches avec un fond uni qui fait ressortir un étrange halo de lumière autour des corps, ont bien quelque chose des Madonnes de l’art chrétien et, particulièrement, de celui du Moyen Âge.

Mais, en s’approchant, on se rend vite compte qu’on est tout de même loin des ambiances des cathédrales et autres lieux de culte. Les jeunes filles en question, à peine sorties de la puberté, présentent fièrement, à côté de quelques croix, tatouages ostentatoires et accessoires de mode pour adultes consentents.

Un mélange qui caractérise l’oeuvre de l’artiste japonais Teiji Hayama, dont certains tableaux ont déjà été présentés à Bridel, cet été, dans le cadre de l’exposition collective «New Figurative Contemporary Art». «Au Japon, j’ai fréquenté un lycée protestant», avoue-t-il pour expliquer cet étrange mélange des genres entre vieille culture catholique et nouvelle culture pop japonaise nourrie de musique, de dessins animés et de mangas.

Dans ses peintures à l’huile, comme dans ses dessins, les icônes anciennes croisent ainsi les symboles nouveaux. Et la religion antique, chrétienne, doit faire face à celle qui semble l’avoir définitivement délogée, celle de l’apparence.

Les jeunes femmes sont nues. Pas érotiques, pas sensuelles, simplement naturelles, telles qu’elles sont venues au monde. Leur peau blanche de leur chevelure blonde rappellent clairement celles des tous jeunes enfants, beaux et innocentscomme de petits anges. «Au Japon, la nudité dans l’art fait ressortir l’innocence et la pureté des personnages », souligne l’artiste.

«Les yeux représentent l’âme des gens»

Le Quotidien 11.12.2009 page 37

Le Quotidien 11.12.2009 page 37

Une nudité dont elles n’ont aucunement honte et qui sert à représenter un moment de la vie auquel l’artiste tient tout particulièrement, celui du passage, d’abord de l’enfance à l’adolescence, ensuite de l’adolescence à l’âge adulte. Des instans vus, par Teiji Hayama, comme autant de renaissances. Des moments troubles où les gens vivent «une transformation aussi physique que psychologique»

Des moments où on est fragile, où on a du mal à s’exprimer, à se faire comprendre. C’est pourquoi ces personnages présentent leurs sentiments à travers ces accessoires et ces tatouages, qui sont autant de message à prendre au vol. Des sentiments que l’artiste immortalise, mais en réalité aussi profonds que passagers. Car plus que jamais dans ces moments de transition entre deux âges, l’adage «carpe diem» est de rigueur.

Et quand ces étranges saintes se bâillonnent, elles ne sont pas pour autant soumises, elles font ainsi, ressortir ce qu’elles ont de plus beau et de plus expressif, leurs yeux. «Au Japon, souvent on n’a pas besoin de parler, on se comprend par le regard», note Teiji Hayama. «Les yeux représentent l’âme des gens», poursuit-il.

Et si ces yeux restent bien fixés sur les visages, les cheveux de ces jeunes Madonnes à la sauce Hayama, jaillissent, parfois, des tableaux, tels des reliques religieuses. «Avec ces cheveux, c’est la pureté qui ressort de mes tableaux», lance l’artiste. Avec le secret espoir que cette pureté fictionnelle déteigne dans le monde réel.

Leslie’s Artgallery – Bridel. Jusqu’au 30 janvier 2010.

Le mot du galeriste

«J’ai deux passions dans ma vie, c’est l’art et la mode. Il est évident que j’ai tout de suite accroché à cet artiste japonais mariant les icônes religieuses avec des morceaux de fringues rappelant les grands couturiers de nos jours. On peut revisiter tout l’univers des Madonnes dans un décor très contemporain pour ne pas dire osé.»

Leslie Barnig