Le Quotidien : SIRÈNES D’ÂGE MÛR – Jane ZWEIBEL

December 22nd, 2009
Le Quotidien 22.12.2009 Jane Zweibel

Le Quotidien 22.12.2009 p.33

Le Quotidien, mardi 22 décembre 2009, pages 33 et 35

C’est un monde de sirènes que présente la Leslie’s Artgallery, avec «Midlife Mermaids» de l’Américaine Jane Zweibel. Une exposition aussi sombre que colorée sur fond de crise de la cinquantaine.

Des sirènes plein les murs

EXPOSITION La Leslie’s Artgallery de Bridel accueille, jusqu’au 30 janvier, les oeuvres en trois dimensions de l’Américaine Jane Zweibel.

Il faut descendre les quelques marches qui mènent au sous-sol de la Leslie’s Artgallery pour découvrir l’oeuvre de Jane Zweibel. Une descente qui entraîne le visiteur dans un étrange monde sous-marin, fait de bateaux, de coraux, de poissons et surtout de sirènes.

De notre journaliste Pablo Chimienti

L’artiste new-yorkaise Jane Zweibel présente à la Leslie’s Artgallery une série conçue spécialement pour l’exposition à Bridel, intitulée «Midlife Mermaids » («Sirènes d’âge mûr»). Un ensemble de quatorze «stuffed paintings» (peintures bourrées) autrement dit des canevas cousus et bourrés de coton qui deviennent, selon l’artiste, des «peintures-sculptures» ou encore des «peintures tridimensionnelles ».

Une nouvelle série mais sur des techniques et des thèmes déjà expérimentés par l’artiste, que ce soit dans l’idée des «stuffed paintings » ou dans le thème des sirènes – «un animal qui me fascine», reconnaît la New-Yorkaise.

Mais ses sirènes ont bien peu en commun avec celles d’Ulysse, de Walt Disney ou encore avec notre Mélusine nationale. L’artiste entraîne le visiteur à michemin entre l’autoportrait et le paysage maritime, entre la réalité et la mythologie. Le tout en jouant ouvertement avec les symboles.

Le haut du corps, d’apparence humaine, reprend avec réalisme dans les grandes lignes les traits visuels et corporels de l’artiste : couleurs de peau, cheveux noirs, double menton et bourrelets compris. Tandis que le bas du corps de la sirène, proche du poisson, permet à Jane Zweibel de laisser libre cours à son imagination, à ses fantasmes, à ses angoisses.

«Mon oeuvre parle souvent de la condition féminine, confie l’artiste. Et là, c’est à la fois drôle et pathétique», avoue-t-elle. C’est que, après sa première série de sirènes dénommée «Self-portraits as a Mermaid», où elle se représentait déjà sous les traits de cet animal mythologique, l’artiste a pris de l’âge et dépassé le cap fatidique de la cinquantaine. D’où le terme de «midlife» ajouté à cette nouvelle série.

«La cinquantaine est un moment de la vie où on se sent à mi-chemin et où on se pose plein de questions. Le corps se transforme, on vieillit… Ce n’est pas évident, surtout en tant que femme», explique Jane Zweibel.

Le Quotidien 22.12.2009 p.35

Le Quotidien 22.12.2009 p.35

Le cycle de la vie

Mais quitte à vieillir, autant le faire avec le sourire, avec fantaisie. Et les sculptures de Jane Zweibel, bien que clairement personnelles, proposent un discours universel. Loin, très loin de l’ego-trip.

Sérieuses, voire pessimistes dans la partie humaine – avec des sparadraps censés représenter les blessures et les cicatrices que la vie a laissées à tout un chacun – ces peintures tridimensionnelles sont ultracolorées, pleines de paillettes, d’or et d’argent, dans la partie basse. L’artiste y représente le monde marin et sous-marin fait de coraux, plantes aquatiques, de poissons et d’immenses bateaux.

Chaque oeuvre peut ainsi être perçue comme le chapitre d’un roman non linéaire ou d’une étude pour laquelle l’artiste ne donne pas les réponses. Ce que l’artiste propose est plus une réflexion sur l’humain, sur le mythologique, avec l’aspect mortel du premier et l’immortalité du second. Une réflexion sur la monstruosité et la normalité, sur la force et la vulnérabilité, sur la réalité et le mythe, sur la création humaine et sur l’aspect naturel…

Des réflexions qui rappellent, non seulement que toute vie terrestre vient de la mer, mais surtout l’aspect transitoire de toute chose, l’évolution, la transformation, la décomposition… en somme, le cycle de la vie, dont fait partie le vieillissement du corps et de l’esprit. Que l’artiste a décidé de prendre avec sagesse.

Leslie’s Artgallery – Bridel. Jusqu’au 30 janvier.

Le mot du galeriste

«J’ai beaucoup apprécié le fait que Jane fasse le déplacement de New York au Luxembourg afin d’assister au vernissage de cette exposition. En effet, je suis convaincue de l’importance, pour le public, d’avoir la possibilité de rencontrer personnellement les artistes. C’est quelque chose à quoi je tiens vraiment beaucoup».

Leslie Barnig