Le Quotidien : Nouvelle Vague

June 10th, 2009
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Le Quotidien 10.6.2009 page 33

Le Quotidien, 10.6.2009, Culture, pages 33 et 35

La Leslie’s Artgallery expose quatre jeunes artistes internationaux, valeurs montantes de l’art figuratif. Au menu, du fantastique, des détournements… et du talent.

C’est tout un monde!

EXPOSITION La nouvelle vague internationale de l’art figuratif débarque au Luxembourg. Frais et enthousiasmant.

Quatre jeunes artistes déforment la réalité et se jouent de l’imaginaire populaire pour créer, chacun à leur manière, un monde fantastique.

De notre journaliste Grégory Cimatti

Ils sont différents, et pourtant, si ressemblants. À leur manière. Une filiation délicate, comme s’ils s’étaient réunis en douce avant, histoire de trouver un fil rouge à leurs travaux hétérogènes. Ici, c’est une jeunesse enthousiasme qui est aux commandes, sceptiques sur le monde qui l’entoure, à qui on ne l’a fait plus. Finies les histoires pour enfants, ces contes sucrés et colorés, cet univers scintillant, bancal à sa base, auquel pourtant il faut croire, alors que la réalité est tout autre.

Place au désenchantement, à l’ironie grinçante, à la décapitation des représentations symboliques. Ce gros coup de poing dans la figure que l’on prend lorsque l’on découvre ce qui se passe de l’autre côté du rideau. Le plus cinglant de cette bande informelle, c’est bien Franck Omer. Avec lui, pas d’Odyssée, mais plutôt l’apocalypse, tout en couleurs et en détails. Ce dernier adore déjouer l’imaginaire collectif, se moquant des lieux communs jusqu’à la dérision, s’amusant et passant à la moulinette les références enfantines. S’agitant sous un ciel rouge sang, son univers est composé d’un drôle de troupeau : hommes citrouilles, lapins morts, culs (terreux) jouant du pipeau, se côtoyant dans un chaos graphique.

Les icônes modernes de Teiji Hayama

Ses oeuvres usent des figures emblématiques du conte, de l’iconographie religieuse et même du cinéma, pour mieux les réinterpréter. Obscures et obscènes saynètes, celles d’un monde à la dérive vu par les yeux d’un (grand), enfant, dans une confrontation de sens et de nonsens. Celui qui lui emboîte le mieux le pas est sans conteste son compatriote Pascal Vochelet.

Le Quotidien 10.6.2009 page 35

Le Quotidien 10.6.2009 page 35

Lui s’approprie la réalité, usant de photographies personnelles ou d’inconnus comme base de son travail. De cette figuration de la cellule familiale, ce microcosme à l’apparence tranquille, il en fait une sorte de grande fable théâtrale, avec ces masques à cornes qu’il colle sur le visage de ses personnages. On pourrait se croire dans un monde fantasmagorique, aux nuances violettes et bleues et à l’aspect assez sale, comme si une fine pluie avait marqué le tableau de son empreinte humide. On serait plutôt dans un monde désabusé, à l’agonie. Une belle farce, en somme.

De son côté, le Japonais Teiji Hayama, valeur montante de l’art figuratif – il vient d’exposer chez Saatchi – révèle ses splendides toiles, où figurent ces icônes modernes, nues et innocentes, dans une approche moderne du catholicisme. De jeunes femmes, belles et fragiles, dont la pâleur tranche avec ces arrogants tatouages, qui donnent du dynamisme à l’ensemble. Dans son oeuvre, il mêle la religion à de nombreux clins d’oeil à sa culture, aussi bien anciens (calligraphies) que modernes (pop-art). Le résultat est détonant, attirant.

Marc Pierrard, artiste à la créativité insatiable, détourne lui aussi l’histoire de l’art. Lui ne voit que les choses en grand. Preuve en est avec cette imposante oeuvre intitulée The Alternative to Nothing, où il marie le brut, le «ready-made» et la peinture traditionnelle. Un travail d’équilibriste, avec cette opposition des techniques. Ce jeune Luxembourgeois – qui sort à peine de «l’oeuf» – se rie, comme ses compères, des codes et des lieux communs, léger et efficace. Un cas à suivre. Enfin – et c’est le seul bémol – on aurait dû voir également le travail de l’Américaine Catherine Ryan. Mais le quintette de départ s’est transformé en quatuor, en raison d’un excès de zèle aux frontières. Les oeuvres, elles, sont toujours en chemin. Merci les douaniers..

Leslie’s Artgallery – Bridel. Jusqu’au 27 juin

Le mot du galeriste

«J’ai réuni des artistes qui ont des points communs, visibles au premier coup d’oeil. Tout d’abord, il y a ce style fantastique et imaginaire, avec le thème de la mutation qui revient en permanence. L’idée du déguisement est aussi récurrente. De plus, ce sont tous des jeunes talents, aux alentours de la trentaine. Ils font partie de la vague montante de la figuration contemporaine.»

Leslie Barnig