Luxemburger Wort : Les madones des podiums – Teiji HAYAMA

January 15th, 2010
L'artiste donne à ses personnages une fragilité et une innocence virginales. (PHOTO: GERRY HUBERTY)

L'artiste donne à ses personnages une fragilité et une innocence virginales. (PHOTO: GERRY HUBERTY)

Luxemburger Wort, vendredi 15 janvier 2010, La Vie Culturelle, page 12

Teiji Hayama revisite l’art sacré à la Lesie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Valeur montante de l’art figuratif contemporain, le jeune artiste nippon et résident suisse Teiji Hayama ne pouvait échapper au flair de Leslie Barnig. Ainsi, la galeriste l’a convié à investir l’espace de Bridel avec ses splendides peintures éthérées et porcelainées.

Le résultat est en tout point étonnant. L’artiste que nous avions déjà remarqué lors de l’exposition collective «New Figurative Contemporary Art» au printemps 2009, offre aujourd’hui toute l’amplitude de son talent et de son imaginaire foisonnant où se mêlent les traditions du pays du soleil levant, une éducation religieuse chrétienne et l’influence du milieu de la mode dans lequel il a travaillé en tant qu’illustrateur.

En une quinzaine de toiles, Teiji Hayama revisite l’art sacré et notamment ses figures les plus touchantes, les madones. L’artiste donne à ses personnages à peine nubiles, une fragilité et une innocence virginales par la carnation marmoréenne qui accentue leur pureté et leur évanescence. Si les attributs religieux sont présents tels des étendards, des croix, des auréoles, des glaives et des sacrés coeurs, l’artiste n’hésite pas à rehausser ses figures de tatouages et autres éléments «glamour» et rock.

Une symbiose efficace

Si ses madones portent voiles et cornettes, leurs atours n’ont rien de médiévaux. Les perfectos de cuir se mêlent aux jeans et à la dentelle. De ce fait, les icônes de Teiji Hayama ont autant leur place sur un podium en plein défilé que sur un retable dans le choeur d’une cathédrale.

Cette symbiose particulièrement efficace de l’art sacré et de la mode est caractéristique de la culture japonaise contemporaine. La musique, les mangas, les dessins animés nippons adoptent ce savoureux mélange des genres qui nourrit la jeunesse japonaise.

Par conséquent, nous ressentons face aux images de Teiji Hayama l’évocation d’une sorte de rite de passage et d’initiation. En effet, il nous semble que ce qui intéresse particulièrement l’artiste dans le choix de ces jeunes corps d’apparence fragile est la mutation qui apparaît lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Période où la recherche et la construction d’une identité propre ainsi que l’affirmation d’une image de soi sont dominantes et passent parfois par des spécificités tels le tatouage, le piercing ou encore l’appartenance à un groupe codifié.

Quoi qu’il en soit, Teiji Hayama nous propose une peinture intemporelle, gracieuse, élégante, bien loin du trash et de la provocation. «Galatea», «Mary» ou «Koi» affichent pudeur et distanciation. Si leur sourire est parfois mutin, leur regard introspectif nous entraîne vers des sphères supérieures emplies de sérénité.

Jusqu’au 30 janvier. Leslie’s Artgallery, 66-68, rue de Luxembourg, Bridel. Ouverte du mercredi au dimanche de 15 à 19 heures.