Le Quotidien : Place au vide – Nathalie KERSCHEN

February 23rd, 2010

Nathalie Kerschen au Casino [Photo : Martine May]

Nathalie Kerschen au Casino (Photo : Martine May)

Le Quotidien, mardi 23 février 2010, pages 33 et 35, Culture

MAGIC BOX

La jeune plasticienne luxembourgeoise Nathalie Kerschen présente au Casino Luxembourg son projet «White Box/Chroniques d’un vide», une simple boîte en bois qui permet de voyager dans l’espace et dans le temps.

EXPOSITION

Avec son projet Chroniques d’un vide, la jeune plasticienne Nathalie Kerschen laisse place à l’imagination des visiteurs.

C’est un projet surprenant et complexe que Nathalie Kerschen propose au Casino Luxembourg. Une simple boîte en bois aurait-elle la possibilité de nous faire voyager dans le temps et dans l’espace?

De notre collaboratrice France Clarinval

Quand il n’y a rien, c’est là qu’il y a la place pour tout. Partant de ce postulat qui oscille entre l’absurde et le bon sens, Nathalie Kerschen est fascinée par le vide qu’elle conçoit comme l’espace de toutes les projections personnelles possibles.

Cette jeune étudiante en architecture ne veut pas imaginer ses créations comme de simples constructions. Elle explore en permanence les liens entre l’art et l’architecture.

Nathalie Kerschen écoute, comme peut le faire le visiteur du Casino, les extraits sonores du long voyage de sa «White Box/Chroniques dun vide».

Nathalie Kerschen écoute, comme peut le faire le visiteur du Casino, les extraits sonores du long voyage de sa «White Box/Chroniques d'un vide» (Photo: Martine May)

«C’est la tension entre l’échelle de l’objet, du spectateur et celle plus large du bâtiment ou du territoire qui m’inspire», explique celle qui est encore étudiante à Paris. Alors qu’elle ne cesse de multiplier les pistes créatives – design, graphisme, mise en scène, film, son… font partie de son parcours – Nathalie Kerschen a eu l’occasion de passer une année de scolarité à Ottawa, à la Carelton University.

Inspirée par le vide et les espaces canadiens, la voilà qui met en place un projet large et ambitieux dont une partie est à découvrir pour l’instant dans l’aquarium du Casino Luxembourg. Elle est partie de divagations sans but, se laissant entraîner par les sons de la ville. «Quand on arrive dans un espace vert enneigé, où il n’y a personne, c’est comme un désert vide mais avec les bruits qui se font entendre.»

Les sons du voyage

De là naît l’idée de matérialiser ce parcours et le bruit du vide avec le projet «White Box/Chroniques d’un vide». Nathalie Kerschen a conçu une boîte de transport, tout ce qu’il y a de plus banale et normée, qui est totalement isolée et pourvue d’un enregistreur. Envoyée d’abord d’Ottawa à Luxembourg, la boîte absorbe au fur et à mesure des 6 000 km et trois semaines de voyage tous les sons qui l’entourent. Une fois arrivée en galerie ou centre d’art «au moment de son repos», la boîte restitue les sons de son parcours comme si elle nous racontait son vécu. Pour des raisons pratiques et de droits, Nathalie Kerschen a concentré le périple de sa boîte en 4 heures : l’emballage, le continuum sourd et sans saillie de la mer, le dépôt, les mouvements, tout cela apparaît alors. «L’objet devient ainsi plan de projection à l’infini pour le visiteur qui est invité à un voyage grâce aux sons diffusés.»

La boîte est donc à la fois ici et maintenant, dans le présent de son observation, mais aussi dans le passé de ce qu’elle restitue et dans le futur de ce que chacun y projette en écoutant. Parallèlement, l’artiste a prélevé des morceaux d’enregistrement qu’elle a dupliqués sur des petites minicassettes où le temps de voyage se confond avec le «bruit blanc» de la cassette vierge. Le visiteur peut non seulement acheter un moment de voyage mais il devient aussi propriétaire du vide.

Après son exposition au casino Luxembourg, la boîte va partir à Bridel à la Leslie’s Artgallery, puis à Bruxelles, Lille, Londres, Berlin avant de revenir à son point de départ à Ottawa. À chaque voyage, le même processus sera développé : enregistrement du parcours et restitution une fois arrivé. Au fur et à mesure les archives deviendront une série de couches successives de sons plus ou moins identifiables qui donneront lieu à un disque.

Jusqu’au 28 février au Casino Luxembourg. Puis du 3 au 28 mars, à la Leslie’s Artgallery de Bridel.