La Voix : Un air d’Espagne à Bridel – Jorge RUBERT

February 25th, 2009
La Voix (Photo: Ch. Kuhn)

La Voix (Photo: Ch. Kuhn)

La Voix, mercredi, 25 février 2009, Culture, page 18

Exposition de Jorge Rubert à la Leslie’s Artgallery

par Emeline Henri

Un vent catalan souffle en ce moment dans la galerie de Leslie Barnig à Bridel. Le peintre espagnol Jorge Rubert y expose sa Bipolar Production. Bipolaire, car chaque tableau à l’exception des Vanitas transmet des expressions extrêmes, que ce soit Un cri pour Alicia ou Une grimace pour Mirko.

Jorge Rubert est un artiste catalan qui travaille à partir de photos pour aboutir à la peinture. Obsédé par la perfection, il met en scène des personnes puis les photographie une centaine de fois. Cette multiplication des clichés lui permet d’avoir un choix varié et ainsi de trouver la perle rare, celle qui va l’inspirer. Une fois qu’il l’a trouvée, entre la photo et lui se tisse un lien exceptionnel qu’il va transcrire en peinture. Celle-ci sera dénuée de tout décor et réinterprétée afin de n’obtenir qu’une illusion de réalité.

Avec sa série Vanitas qui représente des crânes sur lesquels sont peints des logos connus, l’artiste montre un logo sur un logo. Le crâne représente la Mort ou bien dans la peinture la Vanité. Au premier degré, l’artiste ne représente ni l’un ni l’autre, mais la marque de fabrique, le support de l’intelligence qui caractérise l’Homme: son crâne. En réalisant ces oeuvres, il conjure la Mort et encourage la Vanité. Les peintures en lui survivant font de lui un être immortel, mais risquent d’accroître aussi sa vanité lorsque identifiées.

S’inspirant des peintres classiques hispaniques et de l’Allemand Gottfried Helnwein, réalise des tableaux étranges où le spectateur est libre d’expliquer comme il l’entend l’histoire des différents personnages. L’artiste reprend pour son compte la célèbre citation de Helnwein: My Art is not an answer – it is a question. Ainsi, le tableau Falleras, où le spectateur découvre deux femmes torse nu en train de tirer la langue, appelle une libre interprétation en l’absence d’un décor contextualisant. Au fil de sa production, l’artiste cherche à se libérer de l’influence de ses maîtres. Son but étant de trouver son propre style afin de devenir un précurseur.