Luxemburger Wort : Des portraits de caractères et de chair – Dominika DRATWA

September 5th, 2006
Dominika Dratwa

Dominika Dratwa

Luxemburger Wort, mardi, 5 septembre 2006, La vie culturelle, pages 15 et 16

Une exposition de Dominika Dratwa à la Leslie’s Art Gallery

par Nathalie Becker

Lavater, le célèbre physiognomoniste du XVIIIe siècle, fut le premier à véritablement élaborer un système de signes morphologiques qui permettait de connaître le caractère d’un individu en étudiant et observant les traits de son visage.

Sa théorie visait à démontrer que chaque élément d’un visage (les yeux, le nez, la bouche, les oreilles) avait en propre une signification psychologique, ce qui permettait d’en déduire le tempérament d’un sujet donné. Aux traits du visage correspondaient donc selon lui les traits du caractère. Ces portraits psychologiques auront une incidence importante dans la peinture de Goya à Gauguin en passant par Courbet et Van Gogh.

Dans les autoportraits et portraits de Dominika Dratwa, jeune artiste polono-canadienne , découverte sur le net par la galeriste Leslie Barnig et invitée à exposer sa production à Bridel jusqu’au 30 septembre, c’est tout un flot subtil d’émotion, de force et de vulnérabilité qui s’en découle.

Née à Wroclaw en 1978, l’artiste est arrivée à 8 ans au Canada et c’est âgée d’une vingtaine d’années qu’elle s’est découverte une passion dévorante pour la peinture. Son inspiration, elle la puise dans son quotidien, dans son environnement mais aussi dans l’histoire de l’art.

Si elle aime se portraiturer, n’hésitant à exhiber ses automutilations, ses états d’extase, ses moues boudeuses, ou ses larmes qui lui délavent son visage sensuel et plein, elle fixe aussi sur la toile les expressions et les mines désenchantées de quelques modèles.

Dominika Dratwa

Dominika Dratwa

Mais au-delà de son talent à sonder la profondeur des êtres et d’en rendre compte dans les traits du visage et dans le regard, Dominika Dratwa sait aussi faire vibrer ses acryliques ou ses aquarelles d’une vie intense par le jeu des couleurs et le rendu de la carnation. Les lèvres purpurines, les yeux trop maquillés, la pâleur du teint, la chair palpitante sont autant de notes qui confèrent à ce travail une grande sensualité, presque de l’érotisme teinté de noirceur. Certaines réminiscences caravagesques émanent de cette beauté subversive et émotionnelle

Au regard de sa peinture, Dominika Dratwa apparaît comme une jeune artiste très prometteuse, pleine de fougue, de glamour mais aussi d’un brin de désenchantement. Mélange détonnant mais souvent utile à une création hors norme.

Si elle n’a pu venir au Luxembourg lors du vernissage de son exposition, Dominika Dratwa viendra honorer de sa présence physique cette fois-ci, la galerie de Leslie au printemps prochain. Rencontre qui promet d’être riche en sensations et émotions.

Jusqu’au 30 septembre, Leslie’s Art Gallery, 66-68, rue de Luxembourg, Bridel. Ouvert mercredi, jeudi, vendredi de 17 à 20 heures et samedi, dimanche de 15 à 20 heures.