Luxemburger Wort : La beauté des couleurs face à l’horreur du sujet – Sylvie JAUBERT

October 23rd, 2006
Sylvie Jaubert

Sylvie Jaubert

Luxemburger Wort, lundi, 23 octobre 2006, la vie culturelle, page 13

Exposition Sylvie Jaubert à la Leslie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Dans notre monde où les conflits sont légion, nous sommes en permanence confrontés, par le biais des médias, à des images de violence de plus en plus extrême. Aucun détail d’un attentat à la bombe sur un marché à Bagdad ne nous est épargné lors de la grande messe cathodique qu’est le journal de 20 h.

Que dire des images abominables de la prise d’otages de l’école de Beslan en 2004 que nous avons prises en pleine figure comme une gifle. Cependant, malgré leur horreur, ces événements, s’ils retiennent notre attention pendant quelques jours, sont rapidement engloutis dans le flot incessant de l’actualité et remplacés dans notre quotidien médiatique par d’autres scènes de dévastation, de confusion et de panique.

Ainsi, l’artiste parisienne Sylvie Jaubert, laquelle présente actuellement ses créations à la “Leslie’s Artgallery” témoigne dans son travail de son engagement envers les conflits et les guerres en inscrivant une image d’actualité dans l’espace pictural. Toutefois, chez l’artiste, il y a une volonté de recadrer la photographie initiale afin de s’éloigner de son caractère réaliste et en amenuiser les effets tragiques et violents, sans pour autant lui faire perdre sa force.

Fixée dans la peinture, l’image devient alors plus pérenne et amène le spectateur à la voir autrement et passer plus de temps à l’observer et ainsi, s’interroger sur son contenu moins immédiat.

Et si les figures de Sylvie Jaubert se présentent à nous masquées, c’est pour ajouter encore à notre trouble. Sous la cagoule, nous avons du mal à différencier l’agresseur de l’agressé, l’oppresseur de l’oppressé. Cette négation de l’individu révèle la violence et les rapports de domination propres à la guerre. Quant aux soldats, représentés dans d’élégants lavis dont la fluidité et la légèrete adoucissent le sujet, ils sont vus de dos. Ainsi, leur identité s’efface au profit de leur fonction évoquée par l’uniforme et les attributs.

Sylvie Jaubert joue également dans l’ensemble de son travail, sur une certaine ambivalence, sur une tension entre la beauté des couleurs issues d’une palette vive et chaude et l’horreur du sujet. Partout, il existe un contraste entre la perception première que nous avons, d’une composition et d’effets colorés évoquant des peintures abstraites, et l’image terrible qui est à l’origine du tableau, mais que nous observons avec ub certain décalage. Engagée, Sylvie Jaubert l’est, mais dans la peinture, en s’incrivant dans la lignée des artistes qui s’inspirent de l’histoire contemporaine et de l’actualité.

Jusqu’au 31 octobre 2006
“Leslies Artgallery”, rue de Luxembourg, Bridel