Lëtzebuerger Land : Exposition MUT(IL)ATION MULTIPLES

May 11th, 2007
MUT(IL)ATIONS MULTIPLES

MUT(IL)ATIONS MULTIPLES

Lëtzebuerger Land, 54.Jahrgang, Nummer 19, 11 Mai 2007, page 18

Exposition

Mut(il)ations minimes


par Didier Damiani

Avec MUTILATIONS, mutations, sang et embryons sur les murs et sur le sol, l’exposition collective intitulée Mut(il)ations Multiples labélisée 2007, aurait pu être une douce tentative d’écriture d’un manifeste douloureux et mutant. Sous le couvert d’une présentation sanguinolente, mais sans inquiétudes à avoir ni grincements de dents, car il existe dans ce monde des choses bien plus angoissantes, l’exposition réalisée par six artistes différents est visible chez Leslie’s Artgallery à Bridel jusqu’au 26 mai.

Le visiteur préfèrera sans aucun doute les gentilles poupées drôles et branchées conçues par Leslie Barnig plutôt que sa nouvelle série de foetus plastiques roses mutilés qui jonchent le sol brillant de la galerie et de cordons ombilicaux pincés aux ciseaux retrouvés dans ses photographies. Il est tout au plus effrayant de voir cette sculpture malade sans nom et sans vie qui gît là comme un cerveau sorti de son bocal à formol.

Cette installation baptisée Nourrira bien qui nourrira en dernier régnant dans l’espace principal se rapporte au phénomème de la chaîne alimentaire, composée d’une collection de bouteilles de lait et d’une vache blanche en polyrésine, un système réalisé sans méthode grandement scientifique tente de décrire le véritable mécanisme de l’allaitement (qui de la vache, du foetus ou de la bouteille de lait nourrira l’autre). Sur un mur, est projeté un lapin squelettique qui nage et marche, animation 3D expérimentale et gentille, mascotte animale modifiée de l’exposition.

Les dessins négatifs à la mine graphite sur papier de la Française Anne-Sophie ATEK représentent une multitude de corps hybrides déformés ou sans têtes qui s’enchevêtrent à l’instar d’une parade de monstres mutants en enfer. Les mains effilées, les têtes difformes et les corps intrigants sont exécutés par dégradés (de l’ombre à la lumière) et épousent pour le moins un style à la lisière du décoratif qui n’arrive pas à la cheville des planches majestueusement effroyables d’un H.R. Giger.

Les huiles de Frédéric Hégo ont l’air de célébrer le courant du Bad Painting où des couleurs sales, tons bruns et noirs, se chevauchent sur des femmes dénudées et grossières. Les visages et proportions des corps sont volontairement mal rendus et des détails humoristiques rappelent l’esthétique des autocollants Les Crados (apparus en 1988) comme dans sa peinture Frida sur la chaise. Ces figures débiles, agrémentées de collages de sous-vêtements d’enfants, plongent le visiteur dans un univers médical fantaisiste, composé de prothèses, d’organes mis à nu et de traces d’accidents, sans grand pathos.

Dominika Dratwa, née en 1978 en Pologne, est à la recherche de son identité de jeune femme violentée dans ses acryliques sur toiles, entre coups reçus et masochisme dissimulés dans son autoportrait en clownesse, ou dans Self-Bandage où elle se cache le visage avec son bras bandé d’un tissu tâché de sang se privant de la vue, entre frustration psychologique et fantasme visuel.

Là où le Luxembourgeois Thierry Waltzing se photographie en répurérant le mythe de Salomé avec blessures et hématomes sur sa tête décapitée, l’Allemand Stefan Seffrin imite Adolf Hitler avec vulgarité dans la série photographique noir et blanc Die grosse Scheisse (confirmant que cette exposition ne rigole pas et s’adresse à un public majeur) amputé de son bras droit, symbole de la castration du pouvoir obscurantiste qui finira inévitablement dans l’urinoire duchampien reconverti.

Bien que ce spectacle de mauvais(es) filles et garçons prétende contenir des oeuvres à caractère dérangeant ou mutant, il est encore loin d’une présentation sérieusement désespérée et génétiquement modifiée et suffit tout au plus à illustrer une image superficielle de malaises, tout en surface. Avec différentes propositions artistiques autour d’une thématique spécifique, Mut(il)ations Multiples est une tentative académique hésitante d’illustrer les souffrances d’écorchés vifs et décollés du cerveau, les problèmes génétiques, les quêtes identitaires et altérations de la personalité. Choisir la représentation du malsain et opter pour une position marginale, n’aboutit pas forcément à un résultat de qualité. Rien de scientifique dans ce show non plus et sans volonté de précisions et d’exactitudes chirgicales, juste ce qu’il faut pour le suggérer. Un spectacle d’humour douillet, rythmé de petites blessures personnelles affectives, qui peut nonobstant en réjouir certains et représenter une alternative sanguinolente durant cette année culturelle vouée à des problématiques liées aux migrations.

Mut(il)ations Multiples, jusqu’au 26 mai 2007, Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel, mercredi, jeudi, vendredi: 17h-20h. Samedi, dimanche 15h-20h, tél 621 132 890