Luxemburger Wort : Les nouveaux métamorphes – MUT(IL)ATIONS MULTIPLES

April 28th, 2007
MUT(IL)ATIONS MULTIPLES

MUT(IL)ATIONS MULTIPLES

Luxemburger Wort, samedi, 28 avril 2007, Kultur, page 16

Exposition collective “Mut(il)ations multiples” à la Leslie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Avec pour sujet la mutation et/ou la mutilation, six artistes rassemblés à la Leslie’s Artgallery, à travers des dessins, des photographies, des peintures et une installation abordent le corps, la morphologie humaine et le métabolisme avec une certaine crudité teintée d’une once de violence, de cruauté et de subversion.

Dans cette monstrueuse parade aux allures d’inventaire génétique digne du film «Freaks» et qui rappellera une visite dans un muséum d’histoire naturelle, la galeriste et artiste Leslie Barnig ouvre elle même la danse avec son installation «Nourrira bien qui nourrira le dernier».

Là, c’est un amas de foetus mutilés à même le sol tel un tas de détritus qui servent de nourriture à une vache laitière. La chaîne alimentaire nous y jette à la figure une anticipation effroyable, déjà touchée du doigt en 1973 dans le film «Soleil vert». Comme la réalité dépasse souvent la fiction, souvenons-nous du scandale de la vache folle et de ces ruminants nourris avec les cadavres réduits en farine de leurs congénères. Dominika Dratwa, quant à elle, présente des peintures d’une grande force et d’une sensualité teintée de noirceur et de désespérance. Il s’agit d’autoportraits où l’artiste n’hésite pas à exhiber ses automutilations ou à transcrire ses élans de sauvagerie.

L’univers d’Anne-Sophie Atek est très singulier. Dans ses dessins, elle transgresse les canons traditionnels de la beauté. Les corps s’y combinent, s’imbriquent, jusqu’à devenir une seule et même créature mutante tantôt monstrueuse, tantôt élégante et sensuelle. Chez Frédéric Hégo, la figure humaine est contrefaite, estropiée, écorchée, éviscérée comme sur une planche d’anatomie. Les vigoureux coups de brosse et le choix des couleurs évoquent la chair palpitante. Loin d’être repoussants, les personnages de Fréderic Hégo avec leur mine impavide et poupine, en deviennent presque beaux et attachants.

La série de photographies en noir et blanc de Stefan Seffrin suggère la manipulation de l’esprit par des thèses politiques extrémistes. Le salut, bras tendu, plus que suggestif, la panse ventrue, la tenue, tout pique au vif, une certaine tranche de la population d’outre- Rhin. Enfin, Thierry Waltzing revisite l’histoire de la belle et sensuelle Salomé. Les photographies sont extraites d’un projet cinématographique intitulé «Salomé A». Ici, c’est une Salomé au charme vénéneux auquel nous avons à faire. Une sorte de prédatrice, dominatrice et castratrice à travers laquelle Eros et Thanatos ne font qu’un et où l’homme convoité subit une mutilation… capitale.