Lëtzebuerger Land : Fantaisie adulescente – Monika ECKEY

January 25th, 2008
Monique Eckey

Monique Eckey

Lëtzebuerger Land, 55.Jahrgang, Nummer 4, 25 Januar 2008, page 23

Exposition de Monika Eckey

par Didier Damiani

Certes, Monika Eckey est née en 1983 et donc encore jeune dans le monde de l’art, elle a néanmoins déjà la chance de montrer ses oeuvres récentes dans une exposition monographique qui lui est consacrée à la galerie de Leslie Barnig à Bridel. Mais l’âge n’est pas le problème dans cette exposition. Sept acryliques sur toile de grands formats datant de 2005 et 2007 intitulées Sans titre se jouxtent sur les cimaises et racontent déjà la vie tumultueuse de Monika.

Emotionnelement faibles dans un style plus ou moins graphique qui trahit des études de communication visuelle, les peintures de l’artiste allemande sont loin de rappeler le meilleur de la patrie de Gerhard Richter. La vie de Monika se veut passionante et s’exhibe aux yeurs des voyeurs passionnés de peintures grossières comme dans un rêve fait de paillettes et de fantaisie post-adolescente en quête d’identité. Le processus créatif est simple, Monika se photographie elle-même ainsi que ses proches, amis et amoureux pour ensuite les peindre à l’aide de plusieurs couches qui définissent les étapes de sa vie. Les peintures sont reprises à différents moments et évoluent parallèlement à son existence.

Il y a tout de même une certaine maîtrise du pinceau dans ces dégoulinures colorées qui évoquent maladroitement la période de l’adulescence et le doute avant la maturité. Il y a du festif aussi, gaieté, sourire, couleurs criardes. Des touches qui évoquent les traits dessinés sur les murs des prisons, une attente interminable, nostalgie artificielle. Sur une toile, il est possible de lire : “Ich bau Scheisse, Stapelweise”, inscription certainement apposée dans un moment de rage ultime et d’un geste créateur fulgurant. Une culotte rouge à petits pois, des cuisses féminines et un pistolet porté par un ceinturon, quelques figures japonaises plus stylisées gentillettes empruntées au manga composent les toiles. Il y a des étoiles blanches aussi comme dans un rêve un peu nostalgique.

Un cowboy écureuil muni d’un foulard met en joue dans un western spaghetti ketchup et des figures de personnes chéries apparaissent comme des souvenirs. Rappelle-toi que je t’aime ! délivrent les images. Malgré les couches, les lignes et les ondulations de robes de stylistes, la peinture reste visuelle et l’oeil ne traverse pas le premier plan pour trouver quoi que ce soit qui se pourrait se cacher derrière le tableau. Y a-t-il autre chose, un fond, une profondeur, quelque chose qui parle sinon l’univers puéril qui est donné à voir, adulation récréative et niaise composée d’un postérieur juvénile sexy entouré de bâtons de dynamite, de lapins noirs et de nuages fluo ?

Quelques ratures et couleurs voulues donnent un effet de non fini à un travail qui ne l’est de toute manière pas et qui ne suffit malheureusement pas à faire une exposition valable. Même si les peintures détiennent un impact visuel indéniable, où sont la réflexion, les recherches, les questionnements sociétaux ? D’autres jeunes artistes du même âge ont surpassé le stade de l’adulescence et ne demandent qu’à exposer des créations plus abouties. Une galerie d’art contemporain qui a tenu trois années est sur le chemin de la réussite, le cap est presque franchi avec l’ouverture de la galerie en 2005, il manque désormais les pointures. Une prospection plus avisée et une prise de risque s’imposent. La récréation est finie.

Monika Eckey expose jusqu’au 27 janvier à Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg à Bridel. tél : 621 132 890 ; Internet : www.artgallery.lu