Le Quotidien : Nudité cruelle – Peter MICHAEL

April 5th, 2008
Peter Michael

Peter Michael

Samedi, 5 avril 2008, Les Loisirs, Culture, pages 41 et 43

Le jeune artiste anglais Peter Michael expose chez Leslie Barnig ses énormes portraits de femmes, au seins démesurés, nues. Pas de pin up de magazine mais des femmes vraies, vivantes.

Cruelle beauté de la nudité

par par France Clarinval

Le jeune artiste anglais Peter Michael expose chez Leslie Barnig des toiles de grand format où la nudité est cruellement jetée en pâture.

Ce sont d’énormes portraits de femmes nues qui sont accrochés aux murs de la Leslie’s Art Gallery à Bridel. Mais on est loin des calendriers pour camionneurs.

Monumental. Tout chez Peter Michael est monumental. Il peint des portraits surdimensionnés de femmes aux seins démesurés et aux rondeurs plus que généreuses.

Très vite, le modèle prend chair, comme une grande ogresse plantureuse, comme une nourricière aux seins lourds. Charlotte et Kim ne sont pas des pin up de magazines mais des femmes vraies, vivantes.

«Je veux que mes modèles aient une réalité, une vérité que ce soit des vraies personnes, pas des modèles de papier glacé», explique l’artiste.

Peter Michael a eu la surprise de voir énormément de candidats recrutés par petites annonces sur Internet. Si Charlotte semble sévère sur la toile, elle est rieuse sur la photo qu’elle avait envoyée. Kim, atteinte d’un cancer, a demandé à l’artiste de suivre les modifications de son corps pendant sa chimiothérapie. Pourtant, sans connaître l’histoire et les anecdotes des modèles, le spectateur entre de plain-pied dans la toile, se sent happé par ces figures géantes.

Sa démarche vient de sa formation initiale en informatique et en sciences. De manière très réfléchie et rationnelle, il travaille toujours en trois étapes.

Peter Michael

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D’abord, il prend des dizaines et des dizaines de photos de ces modèles en studio. Là, «je les laisse libres de leurs mouvements, de leurs poses pour qu’elles n’aient pas d’entrave », souligne l’artiste. Ensuite, il choisit quelques-unes de ces images et les transfère sur ordinateur où il les travaille. Il poursuit : «Je recadre, change les contrastes et les couleurs pour arriver exactement à l’image que je désire». Les différentes étapes numériques restent, ainsi, comme des guides dans le travail pictural.

Tout au long du processus de peinture, Peter Michael peut encore décider de changements ou de retours. Il précise : «J’ai toujours besoin de garder le processus de peinture ouvert, afin de déconstruire les travaux et résoudre les éventuels problèmes qui se posent inévitablement au cours de la peinture elle-même».

Des tableaux vivants et photographiques

Sur la toile, l’artiste travaille selon les techniques anciennes de peinture en couches très fines. Formé en Italie aux techniques de fresque de la Renaissance (sur plâtre mouillé), il applique d’abord les couleurs claires puis de plus en plus foncées en couches transparentes, donnant ainsi un aspect photographique et vivant aux tableaux.

Les coulures qui apparaissent proviennent de l’application d’une peinture très liquide mais Peter Michael tente de les dompter : «C’est devenu ma marque de fabrique, ces coulures, mais il ne faut pas les laisser faire n’importe quoi».

Se refusant à mettre des titres à ces toiles, Peter Michael ne veut pas d’une approche narrative de la peinture. «Je voudrais que les gens regardent mes tableaux comme ils écoutent une musique instrumentale, avec la partie droite du cerveau ». D’où une construction simple, voire simpliste : sur un fond blanc neutre se tient un sujet unique, très grand, aux tonalités peu variées. On peut appréhender la toile en entier, d’un seul regard, sans chercher à compliquer sa vision.

Travailler avec des figures humaines permet une infinité d’expressions. Aussi, c’est dans leur relation au monde que l’artiste attrape le regard de ses modèles même s’ils sont représentés seuls sur la toile. Le fond blanc, vierge donne une distance entre le personnage et le spectateur qui est sans doute salutaire vu la puissance évocatrice des modèles choisis.

Peter Michael, jusqu’au 29 avril à la Leslie’s Art Gallery (66-68, route de Luxembourg à Bridel).