Luxemburger Wort : Une troublante prescience de la chair – Peter MICHAEL

April 8th, 2008
Peter Michael

Peter Michael

Luxemburger Wort, mardi, 8 avril 2008, La vie culturelle, page 15 et 16

Exposition Peter Michael à la Leslie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Avec seulement six tableaux monumentaux de femmes à mille lieues des codes actuels de beauté, le jeune peintre anglais Peter Michael nous trouble par sa prescience de la chair, par son habile captation des émotions et des expressions. Leslie Barnig ne cesse depuis l’ouverture de sa galerie à Bridel faire découvrir au public luxembourgeois des artistes hors norme, forts et novateurs.

Peter Michael aime la figure humaine qu’il peint sans concession. Ici, ses femmes sont de chair et de sang, saisies sans complaisance. Elles sont vraies, non retouchées et plantureuses, leurs rondeurs nous déstabilisent, nous intriguent et nous touchent droit au coeur.

Les modèles de l’artiste prennent véritablement corps sur la toile et nous sommes «cueillis» par les expressions désenchantées de ces femmes. L’une, le crâne glabre semble avoir suivi un traitement chimiothérapique, son regard exprime une certaine résignation mais un éclair d’espoir illumine ses prunelles.

Au coeur de la vie

L’autre femme, sans complexe, les bras en croix, offre ses formes généreuses au peintre. Sa beauté de déesse gravettienne est tout en puissance, simplicité et en sincérité. Loin d’être impudique, ce travail est une véritable plongée au coeur de la vie.

Peter Michael

Peter Michael

Extrêmement touchante, la peinture de Peter Michael est également un tour de force technique. Si après avoir sélectionné ses modèles, l’artiste utilise des techniques modernes comme la photographie numérique et la retouche des clichés par ordinateur, lorsqu’il est devant la toile, il revisite la peinture ancienne. En effet, à la manière des grands maîtres de la Renaissance, il travaille «a fresco» en utilisant des couches superposées de peinture. Les tons clairs sont d’abord appliqués laissant place aux couleurs plus foncées qui s’animent ainsi de transparence. Les coulures, l’épiderme de la matière, la belle patine font palpiter de vie les imposantes figures féminines de Peter Michael.

Et elles ne s’imposent pas seulement à nous par leur corpulence mais surtout par leur unicité. L’artiste choisit en effet un fond blanc, pur, minimaliste sur lequel son modèle prend toute sa valeur, sa puissance évocatrice.

Peter Michael apparaît comme un peintre humaniste pour lequel la figure humaine et son positionnement dans le monde sont le centre de toute chose. Si ce qualificatif d’humaniste risque de paraître à certains quelque peu anachronique, disons alors simplement que Peter Michael est un peintre contemporain profondément humain par la générosité du regard qu’il porte sur les autres.

Jusqu’au 29 avril à la Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel. Ouvert du mercredi au dimanche de 15 à 18 heures.