Luxemburger Wort : Des mythes égratignés – Grant BARNHART

May 16th, 2008
Grant Barnhart

Grant Barnhart

Luxemburger Wort, vendredi, 16 mai 2008, La vie culturelle, page 16

Grant Barnhart à la Leslie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Leslie Barnig, la jeune galeriste de Bridel, a le don de dénicher des artistes méconnus de la scène luxembourgeoise voire européenne. Pour sa nouvelle exposition, elle a fait venir de Seattle Grant Barnhart, un plasticien qui égratigne avec jubilation les icônes du mythe américain.

Barnhart, qui donne là sa première présentation en Europe, emploie l’humour et l’ironie afin de piquer au vif les symboles américains de la virilité et de l’héroïsme. Quoi de plus viril pour nos amis d’outre-Atlantique qu’un cow-boy en rodéo, qu’un footballeur harnaché comme un gladiateur des temps modernes et qu’un G.I. dans son tank? Ce sont des images récurrentes dans les acryliques et les dessins du jeune artiste. Mis à part le fait que chez Grant Barnhart, le cow-boy chevauche le tank, le footballeur le mustang fougueux et que les chars semblent incontinents.

En effet, en lieu et place des munitions, c’est un jet surpuissant d’urine qui est projeté du canon du tank, archétype de la superpuissance militaire américaine. Certes notre artiste porte un regard critique et satirique sur la culture américaine, sur des référents extrêmement populaires que les Etats-Unis ont hissés au rang de héros contemporains, mais ce clin d’oeil est très distancié, plus comique que véritablement virulent. Pourtant, il pique d’un coup d’aiguillon l’absurdité de la guerre.

Quant à la facture, elle doit beaucoup aux hasards de la matière telles les coulures, les projections, les transparences. Un grand dynamisme émane ainsi des compositions en créant une atmosphère digne des jeux video – le monstre de guerre qu’est le char est presque réduit à un jouet.

L’artiste explique la récurrence du flux urinaire par le fait que durant ses études artistiques, beaucoup de ses condisciples utilisaient leurs fluides corporels comme matière artistique, alors que lui-même a toujours privilégié l’huile, l’acrylique et le graphite.

Jusqu’au 31 mai. Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel.