Luxemburger Wort : A la recherche des données perdues – Janne NABB

October 24th, 2008
Janne Nabb

Janne Nabb

Luxemburger Wort, vendredi, 24 octobre 2008, Kultur, page 14

Exposition Lost Tapes de Janne Nabb à la Leslie’s Art Gallery

par Nathalie Becker

Nous avions découvert les travaux de ce jeune Finlandais en 2007 à l’occasion de l’exposition collective «Young emerging artists». Le voici aujourd’hui convié par Leslie Barnig à investir seul les espaces de sa galerie de Bridel. Le moins que l’on puisse dire est que ça décoiffe.

En effet, Janne Nabb poursuit un graal qu’il conquiert petit à petit dans chacune de ses créations: la mémoire. Collectif ou personnel, le souvenir, du moins ses traces et ses fragments prennent corps dans des toiles, des installations et même des vidéos.

Enfouies sous un flux d’images nées de la culture de masse, diffusées par streaming et bien calfeutrés dans la mémoire tampon, les figures tentent d’échapper à l’engluement de l’oubli. Concrètement, cela se traduit chez l’artiste par un savant travail de réassociation d’images, d’assemblage et de morcellement, de superposition des plans, de trituration pour enfin parvenir à une cohérence et à une harmonie.

Spontanéité

Les éclaboussures, les jets de matières, les coulures accentuent la fusion des éléments. La peinture de Janne Nabb est celle de l’énergie aussi bien physique que mentale. Elle se ressent particulièrement dans l’oeuvre «Shores of strong gestures» où le ressac des vagues sur une côte déchiquetée symbolise toute la force des éléments matiéristes et la brutalité volontaire et nécessaire du geste. Selon l’artiste, les superpositions de couches comme le côté grinçant et violent des images apportent un caractère à ses travaux, une sorte de personnalisation.

Si la spontanéité joue un grand rôle dans la composition, Janne Nabb intervient souvent sur ce hasard qu’il cherche à dominer, en retravaillant les taches et les éclaboussures, en les complétant par exemple par des collages ou des jets de spray. Cette mixité tonitruante nous amène donc à appréhender les oeuvres avec beaucoup de notre propre subjectivité en puisant çà et là dans nos souvenirs, notre histoire, l’histoire et l’actualité. Dans ses installations, Janne Nabb frappe encore plus fort. Dans «Drama of Salama», campé sur son cumulo-nimbus porteur de foudre telle une divinité céleste, le regard orageux, l’artiste pique au vif la censure et le fameux procès pour blasphème en 1966 de l’écrivain finlandais Hunne Salama.

A remarquer également sa vidéo étrange et onirique où le simple processus de dilution de la couleur dans l’eau patiemment filmé par Nabb nous plonge dans un univers organique, cosmique, déroutant et illusionniste.

Jusqu’au 31 octobre à la Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg à Bridel. Ouvert du mardi au samedi de 15 à 19 heures.