Le Quotidien : Oh, la vache! – Angelou GUINGON

December 1st, 2008
Angelou Guingon

Angelou Guingon

Le Quotidien, lundi, 1er décembre 2008, Culture, page 11

EXPOSITION

La Leslie’s Artgallery de Bridel présente, en ce moment, 17 toiles de l’artiste américain Angelou Guingon autour du thème unique de la vache.

par Pablo Chimienti

Une drôle d’obsession pour les bovins et un passé dans l’US Army caractérisent l’oeuvre du peintre américain Angelou Guingon. À 30 ans, cet adepte de l’acrylique sur toile, originaire des Philippines, se dévoile enfin en Europe, après de nombreuses expositions collectives aux États-Unis.

Au premier abord, les toiles d’Angelou Guingon peuvent sembler froides, avec leurs couleurs acryliques, leurs fonds unis, souvent sombres, leurs lignes droites et, devant, toujours ce même troupeau de vaches tachetées noir et blanc qui domine l’ensemble. Au-delà de l’amusement premier et de la surprise au sujet de cette obsession bovine de l’auteur – qui semble avoir récupéré tous les bestiaux des champs voisins – déserts de ce début d’hiver – pour les plonger et les mettre en scène dans son univers entre onirisme et ultraréalisme – l’ensemble peut laisser de marbre.

Il faut passer devant chaque toile à plusieurs reprises, s’arrêter plus longuement devant ces drôles de compositions pour passer de la simple vision superficielle en 2D à quelque chose de plus profond, de plus intense, voire de tridimensionnel. Ces animaux ne sont pas jetés là par hasard! Les éléments graphiques qui les accompagnent, que ce soit d’immenses camions cabrés, des baraquements, des avions, des bateaux de guerre, des cabines téléphoniques ou A simplement les maisons, grandes, propres mais tristement identiques, d’un beau quartier résidentiel… sont tous dessinés avec la précision millimétrée d’un architecte préparant une maquette. Autant d’éléments qui nous plongent dans un décor de jeu vidéo.

Soldats de l’invisible

Impression décuplée par tout un ensemble de petits détails : une présence humaine très réduite, voire inexistante, ces ombres impossibles qui ne partent pas toujours dans le même sens ou du moins avec le même angle, ces fond respectant la perspective, mais sans vraiment de profondeur… et puis ces vaches! Aux contours hyperréalistes du museau au pis, de la queue aux pattes, tantôt adversaires désignés d’une réalité virtuelle dans laquelle intervient le visiteur, tantôt personnages principaux d’une fiction dont nous sommes exclus… soldats de l’invisible

Et puis, il y a ces titres! Là où nombreux artistes proposent un titre accessoire – voire pas de titre du tout – Angelou Guingon propose des titres on ne peut plus clairs : We are Ready, I am Your, House Hunting, Formation, We are One, Dragon Plane, Migration, No Way Out, Fall in Line ou encore We Want You… autant de termes du jargon militaire, autant de périodes de la vie de soldat, de cris de guerre lancés mille fois au vent, de plans de bataille appris bêtement par coeur, de moments de danger… qui redonnent un nouveau sens à chaque tableau et à l’ensemble.

Toutes ces vaches sont, en fait, au garde-à-vous, en déplacement de troupe ou en plein combat. Des combats semi-invisibles souvent sans armes. Seuls quelques canons, clairement identifiables au-dessus d’un camion (Migration #2) ou devant un baraquement (We are Ready), renvoient directement à la guerre.

L’énorme porte-avion (I am Your #1) semble plus accessoire, à cause de son énorme paon qui le surplombe. Est-ce que, finalement, toutes ces armes ultratechnologiques, ne servent-elles pas à mener une politique d’arrogance et de mépris?

Ainsi, bien au-delà du beau, l’artiste crée son univers et lance son message. De manière discrète, presque imperceptible. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les militaires en prennent pour leur grade.

Leslie’s Artgallery – Luxembourg. Jusqu’au 20 décembre.
www.artgallery.lu