Luxemburger Wort : Bovins au “garde à vous” et inflorescences hybrides – Angelou GUINGON et Sarah SUTTON

December 11th, 2008
Angelou Guingon

Angelou Guingon

Luxemburger Wort, jeudi, 11 décembre 2008, La vie culturelle, page 14

Angelou Guingon et Sarah Sutton à la Leslie’sArtgallery

par Nathalie Becker

Chez Leslie Barnig, nous sommes assurés de ne jamais être confrontés à un sentiment de «déjà vu». L’inédit est le mot d’ordre qui régit les choix de la jeune galeriste, toujours en quête d’artistes émergents hors des sentiers battus.

Actuellement, le travail d’Angelou Guingon, jeune artiste né en 1977 aux Philippines dans une base militaire US, trouve en la galerie de Bridel son premier espace d’exposition européen.

Guingon nous entraîne par le biais de ses acryliques sur toile dans un univers très particulier, un monde dont le graphisme et l’atmosphère sont proches de ceux des jeux vidéo, une communauté virtuelle où la présence humaine est réduite au minimum et où les vaches Holstein dans leur stricte robe blanche et noire semblent avoir pris le pouvoir.

Les bovidés sont partout, dans les rues telles des sentinelles d’une étrange milice, sur le tarmac faisant front à des avions de lignes, à l’abordage d’un porte-avion, au milieu de baraquements ou simplement attendant un appel au milieu d’un espace fleuri de cabines téléphoniques. Ils n’ont rien des paisibles consoeurs qui broutent dans les verts pâturages: les vaches de Guingon ont des allures de farouches bêtes de guerre.

Elles sont ainsi pour l’artiste prétexte à donner un coup d’aiguillon à la société américaine. Tout est millimétré chez Guingon. Les rues des «suburbia» sont tracées au cordeau, les véhicules militaires rutilants comme à la parade et les vaches ont presque le sabot sur la couture du pelage.

Ironie

Il y a de la rigueur toute soldatesque dans l’air et les titres des oeuvres nous confortent dans cette idée: «We are ready, we want you» résonne comme des cris de sergents recruteurs. Ces vaches G.I. font même se cabrer d’énormes semi-remorques comme au rodéo. Cette approche ironique de la toute puissante armée américaine nous en montre également la fatuité lorsque sur un porte-avions trône, arrogant mais ridicule, un énorme dindon aux caroncules cramoisies, prêt à être farci pour «Thanksgiving». Angelou Guingon s’engage mais avec des armes bien plus efficaces: ses pinceaux.

Chez Sarah D. Sutton, compatriote de Guingon, nous observons également une critique de la société mais de consommation. L’artiste dévoile sur des panneaux de papier-calque la vie interne de l’organisme humain. Les cellules, globules et autres viscères s’unissent à d’élégantes inflorescences végétales rehaussées d’une gamme chromatique tout aussi subtile. S’adjoint à ce répertoire une technique d’une grande mixité. Les encres, l’aérographie, l’acrylique et la gouache accentuent l’aspect volontairement ornemental de ce travail. L’hybridation est la recherche de prédilection de Sarah Sutton qui aime convier le micro et le macroscopique, le visible et l’invisible. Et, comme sous la lentille d’un microscope électronique, ses oeuvres palpitent, grouillent d’une vie intense mais emploient les mêmes codes que ceux de la publicité.

Jusqu’au 20 décembre. Leslie’s Artgallery. 66-68, rue de Luxembourg Bridel. Mercredi à dimanche, de 15 à 19h.