Luxemburger Wort : Quand hurle la bête – Brian DONNELLY

July 19th, 2008
Brian Donnelly

Brian Donnelly

Luxemburger Wort, samedi, 19 juillet 2008, La vie culturelle, page 14

Peintures de Brian Donnelly à la Leslie’s Artgallery

par Nathalie Becker

Leslie Barnig présente actuellement dans sa galerie de Bridel la production récente d’un de ses jeunes artistes fétiches, le canadien Brian Donnelly. Par le biais de quelques toiles vigoureusement efficaces, le peintre nous plonge dans un univers digne des romans de H.G Wells ou de Mary Shelley.

Dans un répertoire figuratif, il aborde la notion presque psychanalytique de la création et la destruction que l’on retrouve dans des romans comme «L’île du Dr Moreau» et «Frankenstein».

Apparaissent des créatures hydriques nées de son imaginaire comme du laboratoire d’un savant fou n’écoutant que ses pulsions égoïstes. C’est notre part d’animalité, de sauvagerie et de cruauté qu’il convoque alors sur la toile.

Des femmes à têtes de coyote, des agneaux, des canetons et des poules bicéphales séants à figurer dans les réserves d’un muséum, des pinces de homard greffées sur un délicat avant-bras féminin, cette galerie de mutations en tout genre et de farces évolutionnistes nous met face aux conséquences des instincts et de l’impulsion d’un ego surdimensionné qui pourrait être celui d’un scientifique. Fort heureusement, Brian Donnelly laisse libre cours à ses pulsions dans son atelier et cela pour notre plus grand plaisir. Ses créatures parfois se dissolvent dans la matière, s’y évanouissent comme cette cruauté intrinsèque, cette animalité qui dorment au tréfonds de notre inconscient. A la manière des romans précités, le travail de Brian Donnelly nous délivre un message ambigu: ces hybrides fruits d’expériences picturales sont instables, sujets à de dangereuses crises de régression au cours desquelles surgissent, d’un passé que l’on voudrait oublié, leurs instincts les plus destructeurs, elle hurlent à la mort ou manifestent une violence palpable. Elles sont comme nous, des animaux-humains selon Darwin, et il ne faut pas grand-chose pour réveiller leur instincts cachés. Circé l’a bien fait avec les compagnons d’Ulysse, les métamorphosant en porcs, lions, ou chiens.

Un propos fort percutant

Cette production permet à l’artiste de petits arrangements avec sa conscience et ses pulsions artistiques destructives. Si des éléments sont annihilés ou volontairement soustraits dans son langage pictural, il recrée cependant sur la toile sa propre vision de la cruauté humaine, avec beaucoup de fantaisie. A l’heure des O.G.M, du transgénique et du clonage, son propos est fort percutant, de quoi avoir quelques doutes sur l’humanité et surtout sur les élans scientifiques.

Précisons également que Leslie Barnig propose parallèlement à cette exposition de Brian Donnelly, de nouvelles oeuvres de Dominika Dratwa et d’Anne Michaux. D’autres surprises sont à découvrir dans le fonds permanent de la galerie de Bridel pour les amateurs de jeunes artistes émergents telles les créations très originales de l’américaine Jane Zweibel, de l’engagé Grant Barnhart ou du poétique Samuel Martin.

Jusqu’au 27 juillet à la Leslie’s Artgallery, 66-68 rue de Luxembourg, Bridel. Ouverte du mercredi au dimanche de 15 à 19 heures.