La Voix : La beauté à son comble – Julien LEGARS et Pascal MARLIN

January 14th, 2009
 Julien Legars

Julien Legars

La Voix, mercredi, 14 janvier 2009, Culture, pages 9 et 16

Nouvelle exposition à la Leslie’s Artgallery de Bridel

par Emeline Henri

Leslie Barnig accueille en ce moment et jusqu’à fin janvier deux artistes français dans sa galerie située à Bridel.  Pascal Marlin et Julien Legars proposent aux visiteurs leur vision du corps et de la beauté. La galerie expose sur deux étages les oeuvres de Pascal Marlin et au sous-sol celle de Julien Legars. L’un présente des personnages difformes conçus à partir de collages et de peinture tandis que l’autre questionne le public sur le «beau» avec des prothèses, des photos et des peintures.

Le travail de Pascal Marlin consiste à créer des individus tels qu’un patineur ou une femme enceinte avec des collages de matières diverses sur lesquelles il rajoute de la peinture. Il place ses protagonistes dans des environnements sans volume, traités en aplat de couleurs mat comme le faisait Matisse. Les dimensions et l’effet de profondeurs sont issus des figures déstructurées à l’excès. Le visiteur est à la fois attiré et repoussé par ces toiles. Le visage de chacune d’elles est plutôt réaliste car provenant d’une photocopie d’un portrait photo, ce qui a tendance à accrocher l’assistance, mais les corps boursouflés au point que l’on ne reconnaît que difficilement les membres, déroutent. L’utilisation de radiographies comme ombre, accessoire ou élément de ces corps ajoute une touche d’originalité à l’ensemble de ces oeuvres.

Le corps est abordé sous un autre angle de vue avec Julien Legars. L’artiste questionne le visiteur sur les critères de la beauté et jusqu’où peut-on aller pour être élégant et raffiné. Les prothèses orthopédiques décorées de brillants et de rubans rose interpellent.

Ces objets à connotation laide et négative se retrouvent parés tels des objets de luxe. Ils en viendraient presque à être attirants. En revanche, les peintures représentant des icônes de beauté déformées créent un contraste saisissant entre les «beautés repoussantes» et la «laideur attirante».

En peignant une «Bunny» borgne ou un homme «fashion» avec un gros ventre, Julien Legars interloque son public: une jeune femme borgne peut-elle devenir une bunny? Un homme avec du ventre peut-il devenir une icône de la mode? Le soin est laissé à chacun d’avoir son avis sur ces questions. Enfin avec les prothèses de contraintes, il oblige ces modèles à avoir une position raffinée, élégante. Les photos illustrant ce propos sont faites avec des femmes en tenue de soirée, ce qui confère aux objets encore plus d’élégance.

Les prothèses de contrainte font référence aux objets de «torture » mis au service de la beauté: talon aiguille de plus de 10 cm, corset, colliers des femmes girafes… En poussant à l’extrême ce besoin de plaire – quitte à souffrir en portant des objets de contrainte – l’artiste se moque du corps et des normes de beauté.

Cette exposition permet de regarder avec un oeil neuf les critères de beauté véhiculés par les médias.

Exposition conjointe de deux artistes français Pascal Marlin et Julien Legars à la Leslie’s Artgallery au Bridel (66-68, rue de Luxembourg). A voir jusqu’au 31 janvier.