Le Quotidien : Femmes fatales – BILLY & HELLS

March 17th, 2009
Billy & Hells

Billy & Hells

Le Quotidien, mardi, 17 mars 2009, Culture, pages 1, 33 et 34

EXPOSITION

La Leslie’s Artgallery de Bridel présente l’oeuvre du duo Billy & Hells, Sisters of Mercy.

par Pablo Chimienti

page 1: Femmes fatales

Le couple d’artistes Billy & Hells réalise d’étonnants portraits et des photographies de mode où les modèles sont mis en scène dans des ambiances rétro. À la Leslie’s Artgallery, leurs vraies fausses infirmières aux regards intenses et inquiétants ont pris place dans le cadre du mois européen de la Photographie.

page 33 : Soeurs sans sourire

C’est dans leur univers fait d’étranges infirmières que les photographes allemands Billy & Hells convient les visiteurs de la Leslie’s Artgallery de Bridel. Un monde onirique où chacun peut laisser libre cours à son imagination.

page 34 : Soeurs de l’apocalypse

C’est une drôle d’ambiance qui attend le visiteur, jusqu’au 30 avril, à la Leslie’s Artgallery. Avant même de franchir la porte des lieux, on est immédiatement saisi par les inquiétants regards des Sisters of Mercy de Billy & Hells, une série de portraits de vraies fausses infirmières rétro, grunge et au look d’outre-tombe, présentée dans le cadre du mois de la Photo.

Elles sont dix : Yael, Stella, Hannah, Clay, Anouchka, Constanze, Hannah, Janine, Alexandra et Maria. Dix infirmières aussi belles que repoussantes, aussi attirantes qu’inquiétantes. Dix portraits photo idéalisés, mis en scène et immortalisés sur pellicule par Billy & Hells.

De simples clichés qui laissent pourtant percevoir tout le processus créatif des deux portraitistes, bien décidés, avec une seule image, à raconter toute une vie. Inventée, bien sûr; on est là, non pas face à des personnes, mais bien face à des personnages créés de toutes pièces.

Alors, oui, pourquoi ne pas décréter que Constanze nous vient de la Première Guerre mondiale, que Clay travaille dans un hôpital psychiatrique, que Stella vient de finir sa tournée de piqûres dans une banlieue huppée, qu’Anouchka travaille dans une maternité dans un pays où l’avortement est interdit ou encore que Maria a vécu dans les années 50? La série précédente des photographes, dédiée au Far West, semble même avoir déteint sur Janine, infirmière à l’époque des Tuniques bleues. À moins que ce ne soit le contraire; et à la limite c’est sans importance.

Infirmières psychopathes

Billy & Hells

Billy & Hells

Billy & Hells

Billy & Hells

Reste que dans ces univers hospitaliers aseptisés, représentés par des fonds grisâtres et ternes – hospitaliers, quoi – et par des uniformes divers, mais toujours impeccables et immaculés, chaque personnage a son histoire personnelle. Ces femmes sont tantôt belles, tantôt «destroy », tantôt hautaines, toujours intrigantes. Mais Billy & Hells, qui travaillent également pour des magazines de mode, ne sont pas tombés dans cette série personnelle, dans le piège de la simplicité. À aucun moment, ils ne jouent avec le fantasme de l’infirmière coquine qui n’a que de tout petits sous-vêtements affriolants sous sa blouse.

Point de sourire libertin ou de clin d’oeil aguicheur chez ces infirmières. Il n’y a d’ailleurs guère de sourires dans ces clichés et les regards sont fatigués. À cause de la constante responsabilité qu’elles doivent assumer et de la charge de travail, sans doute.

Mais malgré leur rôle social clairement positif et ces croix rouges omniprésentes, symbole du don de soi pour une bonne cause, ces Sisters of Mercy, qui vous regardent droit dans les yeux, ne semblent pas bien amicales. Elles ont beau avoir les yeux qui brillent et les lèvres pulpeuses, elles gardent toutes en elles un inquiétant aspect crépusculaire. Comme si ces soeurs de miséricorde cachaient, en fait, des soeurs de l’apocalypse.

Il y a du film d’horreur en elles. On les imagine facilement en infirmières psychopathes, allant chercher, juste après la photo, scalpels et autres outils de torture pour aller dépecer un innocent ou pour injecter un poison mortel à un malade sans défense, dans le seul but de jouir de sa souffrance.

Des histoires et une ambiance en clair-obscur que Billy & Hells arrivent à créer avec dix simples clichés. Une véritable performance réussie grâce au choix des modèles, de la pose, des costumes et, bien sûr, de la lumière.

Leslie’s Artgallery – Luxembourg. Jusqu’au 30 avril.

Le mot du galeriste

«J’ai sélectionné le couple allemand Billy & Hells pour le mois européen de la Photo. Chaque photographie des artistes laisse imaginer une personnalité unique, avec un vécu. On peut s’imaginer son passé et son avenir grâce à l’expression du visage, à la posture et à son costume. Elles sont toutes des infirmières, mais elles semblent toutes avoir également un rôle social au sein même de ce groupe professionnel.»

Leslie Barnig