Luxemburger Wort : Peinture d’atmosphère et posologie du réel – Sarah BOURDARIAS, Laurent RABIER

June 8th, 2010
Le travail de Sarah Bourdarias: une oscillation artistique entre la figuration et l'abstraction. (PHOTO: CHARLOT KUHN)

Le travail de Sarah Bourdarias: une oscillation artistique entre la figuration et l'abstraction. (PHOTO: CHARLOT KUHN)

Luxemburger Wort, mardi 8 juin 2010, Kultur, page 14

Sarah Bourdarias et Laurent Rabier développent leurs codes visuels à la Leslie’s Art Gallery

par Nathalie Becker

Depuis 2006, la jeune artiste Sarah Bourdarias est une des figures incontournables de la Leslie’s Art Gallery. Avec sa faculté de métamorphoser la toile en réceptacle de mémoire et d’instants passés, la plasticienne nimbe ses compositions d’une atmosphère particulière, véritable accumulation de moments d’existence à ne pas oublier. La nouvelle série qu’elle présente à Bridel, intitulée «Les Baigneurs», est à appréhender comme un ensemble d’arrêts sur image.

En effet, Sarah Bourdarias aime à glaner dans des films des scènes qu’elle photographie et retravaille par la suite. Cet élément figuratif est alors couplé à une peinture de facture abstraite. L’oscillation entre la figuration et l’abstraction est la caractéristique primaire de la production de l’artiste. Ainsi, nous sommes transportés dans des espaces de mobilité et d’immobilité, d’aléatoire et de réflexion poussée sur la place de la figure dans l’ensemble. Ces moments de vie se nimbent alors d’une sorte de grâce éthérée et fugace. Les personnages prennent vie dans la base picturale abstraite, se dotent d’une substance charnelle étonnante. Depuis ses premières expositions à la Leslie’s Art Gallery, nous ressentons une évolution plastique remarquable, une maturité évidente dans le travail de Sarah Bourdarias. En somme, cette production est d’une grande qualité et d’un propos sensible.

Une évolution remarquable

Laurent Rabier est quant à lui un nouveau venu à la galerie. En réalisant des versions peintes de maquettes préalablement assemblées, souvent à partir d’emballages de médicaments, l’artiste déconstruit sur la toile la tridimensionnalité avec la reproduction des fragments d’emballages. Particulièrement sensible aux codes visuels et aux couleurs saturées apparaissant sur le packaging des boites de produits pharmaceutiques qui nous font parfois oublier leurs contenus de panacée, Laurent Rabier transcrit alors le réel par le biais d’espaces en déséquilibre, de bidonvilles brinquebalants en carton.

Si la figure humaine est absente de ce travail, son évocation est omniprésente. Toute cette chimie traduit en effet les affres de l’existence humaine, la maladie aussi bien psychique que physique. Sorte de peinture contemporaine de vanité, elle nous traduit la fragilité des choses et des êtres.

Plastiquement comme iconographiquement, Laurent Rabier nous épate. Ses jeux de reflets excellemment rendus comme sur une surface métallique semblable à celle d’une paillasse de laboratoire, apportent une once de théâtralité aux compositions, une illusion du réel, une sorte de pseudo hyperréalisme car il ne faut, en aucun cas, oublier que cette minutieuse peinture à l’huile est exécutée à partir de photographies de maquettes. La reproduction est donc, en apparence seulement, apparence réaliste. De là à penser que la posologie de Laurent Rabier nous soulage de la triste réalité du monde, il n’y a qu’un pas.

Jusqu’au 12 juin. Leslie’s Art Gallery, 66-68, rue du Lxembourg, Bridel.