Luxemburger Wort : Si proches de l’homme – Catherine RYAN

July 22nd, 2010
Un travail sur la relation entre l'homme et le monde animal

Un travail sur la relation entre l'homme et le monde animal

Luxemburger Wort, jeudi 22 juillet 2010, Culture, page 11

Les animaux de Catherine Ryan à la Leslie’s Artgallery

par Mireille Petitgenêt

Pour sa première exposition en Europe et au Luxembourg, Catherine Ryan a choisi d’investir l’espace de la Leslie’s Artgallery pour présenter son tout nouveau travail en noir et blanc. Par le biais du dessin et d’un outil naturel, le charbon, l’artiste nous fait découvrir son attrait pour la nature humaine et animale. Elle pose un regard sur les différentes relations et tensions existantes entre ces deux mondes, évoque la vie et la mort et s’interroge sur celui qui est le plus animal des deux.

Née en 1978 à Livingstone dans le New Jersey, Catherine Ryan n’hésite pas à utiliser le corps de l’animal comme symbole et comme nouveau moyen d’expression. En effet, ce dernier lui permet de représenter le monde dans lequel elle vit, d’exprimer des émotions et opinions mais également de s’interroger sur l’hypocrisie des comportements humains envers lui. A travers ses oeuvres réalisées sur papier, l’artiste renvoie l’image de la solitude, du domptage et de l’emprisonnement. Elle nous parle de ce rapport de force qu’exerce l’homme sur l’animal mais aussi de ce sentiment de protection et de sauvegarde qu’il ne peut inhiber complètement.

De petits formats (60x45cm), les cinq dessins de Catherine Ryan s’articulent autour de compositions simples et frontales. Les personnages comme les animaux sont travaillés par ajout et retrait (gommage) de matière; ces derniers prennent vie par de légers modelés en noir et blanc ou par de simples contours. Les effets de profondeurs et de perspective sont obtenus par un jeu de contraste entre le flou et le précis, par différentes nuances de noir et de blanc mais aussi par des motifs de trame et de quadrillage. Par sa noirceur, le charbon offre une variété d’intensités qui permet à notre regard de s’attarder plus ou moins longuement sur un détail. Contrairement aux animaux, le visage humain ne présente aucun trait; effacé, il ne possède aucune identité excepté celle de nous tous. Figure quasi fantomatique, l’homme apparaît aussi bien comme protecteur que comme menace pour le monde animal.

La compagnie des animaux est, depuis les origines, à la source d’attitudes diverses où s’accusent les caractères essentiels de l’humain. Par ses dispositions à l’égard de l’animal, l’homme a manifesté en effet tout autant sa prétention à incarner une nature supérieure que sa reconnaissance d’une ambiguïté de ce statut. La domestication a pu révéler les formes les plus achevées de son impérialisme sur la nature, mais ses excès mêmes ont fait douter de sa légitimité. Réfléchir sur les rapports de l’animal et de l’homme, c’est bel et bien réfléchir sur l’homme luimême.

A travers les oeuvres de Catherine Ryan, l’homme et l’animal ne semblent pas si différents. Tous deux sont des prédateurs et des consommateurs, pourtant une différence de taille subsiste: l’homme peut être un loup pour l’animal comme un loup pour lui même.

Jusqu’au 31 juillet à la Leslie’s Artgallery à Bridel, 66-68 rue de Luxembourg.
Ouverte du mardi au samedi de 15 à 19 heures.
Tél 621 132 890.
www.lesliesartgallery.eu