Lëtzebuerger Land : Galerie insolite (2) – Exposition Anne MICHAUX

May 12th, 2006

53. Jahrgang, Nummer 19, 12 Mai 2006, page 18

Vieillir ensemble

Romina Calò

Vieillir ensemble par Romina Calò

Vieillir ensemble par Romina Calò

SUR LE MÊME AIR que “le roi est mort, vive le roi” semble se jouer à Luxembourg la variation de thème “la galerie est morte, vive la galerie”. Alors que The’d Johanns a décidé de mettre la clé sous le paillasson de la B/C2 de Bettembourg (d’Land 14/06), la verte relève pousse déjà, dans une autre commune luxembourgeoise, commençant par B. Bridel, la bénie des dieux, voit ainsi fleurir en son territoire, juste en face de l’une de ses stations-service, un espace répondant au nom un peu fleur bleue de Leslie’s ArtGallery.

“J’avoue que c’est un peu une solution par défaut, raconte dans un petit sourire La Leslie (Barnig) en question, c’est du fait maison qui s’est imposée parce que je ne trouvais rien de mieux”. Cet aveu fait avec un candide aplomb donne immédiatement le ton. En ouvrant sa propre galerie en novembre 2005, cette étudiante en phase d’achèvement d’études aux Arts décoratifs de Strasbourg négocie ainsi de manière étonnante la transition toujours délicate entre les études et la vie professionnelle. Là où d’autres échafaudent des châteaux en Espagne avant de retomber douloureusement sur la terre ferme, Leslie Barnig a saisi le taureau par les cornes, avec, dans sa besace, un peu d’appréhension, beaucoup de motivation, et énormement d’audace.

Tant de passion désintéressée décourage toute tentative de jouer Cassandre, et suscite au contraire un étonnement intensifié par la déclaration d’intention de la galeriste. “Mon objectif est de partager l’art avec les gens, surtout les jeunes gens, ceux qui n’ont pas encore un pouvoir d’achat suffisant pour envisager d’acquérir des oeuvres d’art. Je cherche des artisans dont le travail me plaît et qui sont suffisamment jeunes encore pour ne pas avoir atteint des tarifs prohibitifs. Mon idée est de vieillir tous ensemble, la galerie, les artistes et la clientèle.”

Certes, rien de neuf à l’horizon. De l’art abordable, des artistes que l’on souhaite “encore inconnus” dans l’espoir qu’ils ne le seront plus un jour, le partage de l’amour de l’art, les relations longues et fidèles avec les artistes … Voilà de quoi faire ricaner les galeristes aguerris. Néanmoins, force est de constater que ces idéaux circulent de plus en plus dans maints étals artistiques d’aujourd’hui qui n’ont d’autre ambition que la démocratisation de la création contemporaine. C’était également le souhait de The’d Johanns au début de son aventure à la B/C2, c’est celui de Marie-Louise Rigaux fondatrice de la foire Art.Metz dont la sixième édition a eu lieu cette année du 7 au 10 avril. Mais le fait de les voir déclamés par cette toute jeune personne dans sa grande galerie lumineuse et toute neuve, sans effets de ronds de manches, avec la simplicité de l’évidence, désarme toute décharge de cynisme. On ne peut que lui tirer son chapeau, croiser les doigts pour elle et lui souhaiter de garder sa fraîcheur le plus longtemps possible.

Le métier de galeriste, Leslie Barnig le voyait comme la possibilité de cumuler sa propre pratique artistique et l’exposition du travail d’autres artistes. Mais la réalité – souvent tristement administrative – l’a déjà rattrappée. “Je me suis rendue compte que ce serait très difficile de faire les deux, depuis que j’ai commencé avec la galerie, je n’ai plus rien fait. Je crois que c’est normal, tout commencement implique un plus gros investissement. J’espère pouvoir m’y remettre dans deux ans peut-être. Mais mon travail à la galerie me fait tellement de plaisir que ca ne me manque pas vraiment, je vis tellement de manières de créer différentes grâce à tous les artistes que je rencontre …”

Pour l’heure, l’artiste berlinoise d’origine luxembourgeois Anne Michaux est à l’affiche pendant tout le mois de mai. En photographiant minutieusement des maquettes miniaturisées constituées à partir de figurines de soldats, de petites voitures et beaucoup de doigté théâtral, Anne Michaux crée de petits tableaux dérangeants. Toutes les composantes – personnages, décors en plastique, jeux de lumière, mise en scène et prises de vue – concourent au catastrophisme d’un monde parallèle où les jouets reflètent, voire annoncent le monde réel. Grave problématique intelligemment rendue pour une galerie que l’on aurait tort de qualifier trop vite d’amateur.

Leslie’s ArtGallery se trouve au 66-68 rue de Luxembourg, à Bridel. Possibilité d’accéder au (bref) historique de la galerie sur www.artgallery.lu. La galerie est ouverte du mercredi au vendredi de 17 à 20 heures; samedi et dimanche de 14 à 20 heures.