Le Quotidien : La réalité dépasse la fiction – Anne MICHAUX

May 11th, 2006

Jeudi 11 mai 2006, pages 1, 33 et 35

Le travail artistique d’Anne Michaux consiste en des maquettes fictionnelles qu’elle photographie. Un monde fascinant entre cinéma et enfance.

France Clarinval

La réalité dépasse la fiction

Le Quotidien page 35

Luxembourgeoise vivant à Berlin, Anne Michaux nous entraîne dans un monde totalement imaginaire qui convie pourtant le cinéma ou les informations.

La nuit semble tomber d’un coup sur la scène inquiétante que dresse Anne Michaux. Une ambiance de fin du monde règne dans ses images qui évoque un «après» guerre, cataclysme naturel, bouleversement climatique… «Je me nourris d’images de presse ou des informations télévisées et il faut bien reconnaître que ce n’est pas franchement rigolo», explique l’artiste

Mais avant d’essayer d’imaginer ce qui a prévalu à la scène qu’elle nous montre, on est intrigué par sa technique. «Je construis des petites maquettes avec des personnages de trains électriques, des jouets d’enfants, des déchets du travail artistique de mon mari et des photos de famille», commence-t-elle.

Elle mène sa construction, l’oeil constamment rivé sur l’appareil photo puisque ses maquettes ne sont pas destinées à rester après le cliché et seront détruites. «J’élabore la scène en fonction du point de vue qu’aura la photo et je réalise tous les éclairages nécessaires ». Point de trucage numérique,donc.

Le résultat est à la fois esthétique et violent et nous interroge sur la réalité de notre perception. «Je me dis que le monde pourrait être ça. Un monde déréglé où l’on cherche des réponses». Et les réponses viennent, pour Anne Michaux, de l’enfance, du passé. «Il y a comme un espoir dans la nostalgie d’un monde disparu».

Le drame sous le masque

Le Quotidien page 33

Le Quotidien p 33

Le Quotidien p1

Le Quotidien p 1

La deuxième série qu’elle montre, Suburbia, est plus lumineuse, et semble même naïve au premier regard. Mais c’est oublier qu’elle a été inspirée par les récentes manifestations dans les banlieues françaises. En y prêtant plus d’attention, on y voit aussi des soldats, des pierres lancées, et des voitures carbonisées.

Au sous-sol, le visiteur découvrira d’autres photographies dans le même univers. Le vert criard laisse entrevoir un avion écrasé, les champs paisibles semblent cacher une tragédie… «Je veux montrer que sous le masque du “tout va bien” il peut y avoir une guerre civile qui couve», ajoute-t-elle.

Enfin, on trouve aussi quelques collages qu’Anne Michaux a entrepris récemment. «Ce sont des photos que j’ai faites ou que mon père et mon grand-père ont prises, je les agence pour recréer un nouvel environnement». Pour l’instant, ses collages ne sont pas encore très aboutis mais l’artiste aime «montrer des travaux encore embryonnaires pour donner une impulsion vers l’avenir».