Luxemburger Wort : Un univers ludique et apocalyptique à la fois – Anne MICHAUX

May 24th, 2006

Mercredi, 24 mai 2006, la vie culturelle, page 16

Leslie’s Artgallery : Exposition des photographies et collages de l’artiste Anne Michaux

Nathalie Becker

Bel espace sobre et lumineux que la nouvelle galerie de Bridel, ouverte fin 2005 par une toute jeune femme audacieuse, encore étudiante à l’Ecole des arts décoratifs à Strasbourg, Leslie Barnig. Actuellement est mis en lumière le travail d’Anne Michaux.

Avec le désir d’offrir à tous, dans un lieu convivial, la possibilité de découvrir et si possible d’acquérir le travail de jeunes créateurs n’ayant pas encore atteint une cote à faire fuir, la galeriste cible clairement ses expositions vers l’inédit et le novateur.

Luxembourgeoise vivant et travaillant à Berlin, la jeune artiste, par le biais de ses photographies et de ses collages, nous entraîne dans un monde fictionnel où une ambiance pré- et postapocalyptique contrebalance le premier abord ludique.

En effet, Anne Michaux base ses créations sur la construction de petites maquettes qu’elle photographie à l’aide d’une caméra numérique, avant de les détruire. Elle donne alors naissance à un monde imaginaire où les acteurs sont des jouets d’enfants, des petits personnages de plastique, des petites voitures à l’accent suranné très sixties.

Mais que l’on se garde bien de croire qu’Anne Michaux invoque seulement ici des réminiscences enfantines et de douces nostalgies de cour de récréation. Non, elle met en scène ses petites constructions dans une thématique assez dérangeante et inquiétante, celle des catastrophes, des drames et des guerres. L’avenir de son monde miniature pourrait devenir le nôtre, si nous n’y prenons pas garde.

Parfois, l’artiste convie ses souvenirs cinématographiques et les décors prennent des allures de «Guerre des mondes» ou d’invasions alien, par la présence d’une végétation artificielle étrange, de formes organiques non identifiées. Le plus stupéfiant dans cet univers de pacotille est l’atmosphère de latence, de suspens presque étouffant qu’elle arrive à transcrire avec beaucoup de réalisme. Anne Michaux s’inspire également de l’actualité brûlante dans sa série «Suburbia » laquelle évoque les émeutes qui ont enflammé les banlieues françaises voilà quelques mois. En somme, notre monde en déliquescence avec son lot de tensions sociales, de désastres écologiques, de tragédies humaines est une réalité qui dépasse la fiction.

Au sous-sol de la galerie, nous découvrons une autre facette de la production d’Anne Michaux, des collages réalisés à partir de photographies de famille ou d’illustrations de magazines, agencées afin de recréer un nouvel environnement. Là, le décor se fait beaucoup plus bucolique. Des motifs floraux et végétaux dominent. Les spectateurs sont assaillis par le vert omniprésent. Cependant, il ne faut pas se fier à cette sérénité idyllique, d’autres drames couvent sous la verdure.

Jusqu’au 28 mai, Leslie’s Artgallery, Bridel.