Lëtzebuerger Land : “Big Bang Plastique” de Anne MICHAUX

March 16th, 2007

54. Jahrgang, Nummer 19, 16 März 2007, page 21

Didier Damiani

Big Bang Plastique, par Didier Damiani

Big Dawn : Big Bang Plastique

Après l’explosion du monde qu’est-ce qui se passe ? Que faut-il faire ? S’asseoir et attendre, se perdre dans le désert vide, renaître du chaos et de la poussière comme les protagonistes dans cette nouvelle série de photographies récentes d’Anne Michaux. “Les moments photographiés sont des moments où l’homme se sent très seul et se retrouve face à lui-même, c’est le moment propise pour tout abandonner et tout recommencer”. Tabula rasa et recherche du climat visuel, le jour se lève dans les grands tirages numériques et diapositives colorées et l’espoir renaît. Mais, à l’inverse la peur s’installe quand la nuit approche dans les inquiétants petits formats crépusculaires (Different Times, Caravan).

Le titre Big Dawn(la grande Aube), se rapporte au moment ou les rayons du soleil s’annoncent mais où l’astre n’est pas encore visible dans le ciel. Ces moments d’entre-deux temporels, où rien ne se passe, lorsque le sentiment de peur au ventre nous envahit et ne savons plus que faire de notre existence. Le moment avant de plonger du haut des montagnes russes (Temporary High) ou de revenir de très loin, c’est ces moments intimes où l’inspiration vient le mieux, période d’attente passive, contemplation de choses qui se remettent en place et nostalgie des grands paysages américains, Colorado, Arizona, le Grand Canyon ou la Route 66. (Desert Trash Cowboy, On the Road).

Les mises en scène faites à partir d’objets et de matériaux récupérés sont assemblées et s’autodétruisent parfois dans l’atelier. Le plastique est très présent, de la terre et des moissures sont utilisées et des objets trouvés qui ont déjà servi. Ces mini-mondes sont ensuite photographiés et désignés comme “photographic illustration” par Anne Michaux. Des couleurs rouge sang, des orangés lumineux et des bleus-verts claquants se diluent sur les tirages brillants.

Des modèles réduits, des jouets sans âmes, des petites voitures en métal, figurines récupérées ou données par des amis, offertes par la firme allemande Preizer, sont des poupeés fragiles qui retiennent leur souffle dans un calme statique laissant présager la tempête (Vibrant Calm).

Les repères s’estompent dans ces situations nouvelles, des passages à l’aveuglette peuplés par des gens perdus au milieu de nulle part. Comme au théâtre, le temps s’arrête et les protagonistes de l’histoire deviennent ce qu’ils sont, dénudés comme des vers, ils se retrouvent avec eux-mêmes, dans une position d’insécurité et de fascination totale (Free Will). Dans ces univers artificiels construits de toutes pièces à leur attention, ils subissent le déroulement des choses et sont fragilisés par les situations angoissantes et comiques à la fois.

Puis, il faut reconstruire le monde et si la mélancolie est une affaire générationnelle, elle prend toute son ampleur ici “c’est comme dans un rêve, il y a des flashbacks et des flashforwards, comme quand une enfant se réveille la nuit et a peur, tout peut changer d’un moment à l’autre, le jour ne se lèvera peut-être plus jamais”. Les paysages sont cotonneux comme dans les rêves, formes abstraites et floues obtenues par des filtres colorés appliqués sur l’objectif et les personnages sont plongés dans l’amnésie.

Le passé n’existe plus, l’histoire recommence, la mémoire parcellaire prend forme dans les quelques indices subsistant qui peuplent les images : un caddy de supermarché, les silhouettes vagues de centrales atomiques en arrière-plan, possible cause ultime à ce néant écologique, car l’environnement en a pris un coup, il ne reste plus que cendres, déserts de sables et hallucinations. Chauffés par les relents d’explosions, émanations de déchets radioactifs flottant dans l’air, ces mondes sont ravagés dans une esthétique fin du monde.

Les personnages des images d’Anne Michaux sont coincés dans cette temporalité diurne/nocturne et arpentent les résidus du monde en quête d’un nouvel espoir. Non sans humour et avec une sensualité comique (How to disappear without a trace), ses photographies s’orientent progressivement vers une abstraction plus poussée (Flash-Forward). La représentation d’univers apocalyptiques s’est radicalisée depuis son premier show en 2006 vers une recherche plus épurée et pathétique de mondes-hallucinés plastiques bâtis de toute pièces et baignés dans une ambiance post-chaos reflétant une certaine absurdité existentielle.

Anne Michaux, Big Dawn, jusqu’au 31 mars 2007, Leslie’s Artgallery, mer, jeu, ven 17-20 h, sam, dim 15-20 h, tél 621 132 890, 66-68 rue de Luxembourg, L-8140 Bridel.