Lëtzebuerger Land : Jeux d’enfants – Anne MICHAUX et Samuel MARTIN

September 19th, 2008

55. Jahrgang, Nummer 38, 19 September 2008, page 31

Arts plastiques

Personnages dessinés et paysages photographiés sont les thèmes opposés et pourtant les interrogations voisines de Samuel Martin et Anne Michaux

Marianne Brausch

Jeux d'enfants

Jeux d'enfants

QU’ONT EN COMMUN Samuel Martin et Anne Michaux hormis leur âge – l’un est né en 1976, l’autre en 1971 ? Le Français et la Luxembourgeoise travaillent avec des outils forts différents : l’un utilise le fusain, la seconde fait de la photographie. Pourtant, les deux artistes expriment, via leur moyen d’expression propre, un malaise vis-à-vis de l’âge adulte et les temps incertains, voire de guerre qui sont les nôtres actuellement.

Samuel Martin, qui a étudié les arts plastiques à la faculté d’art d’Amiens- il vit en Normandie – est sans doute le plus près, au sens même de ses représentations, d’une volonté (ou de la difficulté) de (ne pas) sortir de l’enfance et le personnage d’Alice de Lewis Carroll semble être une de ses icônes. On la retrouve en effet plusieurs fois représentée dans ses toiles en noir et blanc, et si la jeune fille enchanteresse est entourée de ses animaux fétiches (dont le lapin bien sûr), des êtres fantastiques inquiètent le spectateur. Comme aussi la couleur rose, chère aux petites princesses, mais Martin l’utilise à des fins détournées des contes de fées : ainsi voit-on la petite fille affublée d’un chapeau en forme de gâteau dégoulinant et peu ragoûtant …

Non moins inquiétant sont trois personnages qui font penser aux nains de Blanche Neige (elle aussi est une des héroines féminines de l’exposition) car les histoires à rêver debout s’arrêtent là et évoquent plutôt des chauchemars, sinon des accidents de la vie réelle. La série comporte en effet plus de portraits de jeunes gens et jeunes filles hantés par la mort, suggérant de manière plus ou moins directe les méfaits des paradis artificiels. Samuel Martin met donc son talent à profit pour interroger les écueils de l’âge de l’adolescence mais pas seulement : ainsi de scènes, dont Et après, plus rien, qui évoquent avec talent la manière galante de Fragonard, le mal-être en plus.

La Luxembourgeoise Anne Michaux, qui vit à Berlin, se présente elle tout d’abord de manière personnelle : une sorte de CV visuel accueille le visiteur sous forme de parcours collé au mur de la galerie, de sa naissance à ses premiers émois photographiques, via des voyages avec ses parents en plusieurs points du globe. Le leitmotiv semble ici être le cheval et son symbolique cavalier du Far West. Faut-il y voir un lien avec le titre de l’exposition Do not entertain us et lire US comme United States?

Toujours est-il que ses photographies – de petits formats de 30 x 45 centimètes – donc de très petite dimension, se détachent sur de grands horizons colorés qui évoquent les grands espaces d’outre-Atlantique. Anne Michaux, comme Samuel Martin, utilise pour le reste des personnages de l’enfance, à savoir de petites figurines, qu’elle met en scène elle aussi de manière dramatisée : la guerre et sa fin tragique, la mort, sont un motif récurrent de ce road movie certes personnel et donc rêvé mais alimenté par l’actualité belliqueuse réelle du monde des adultes.

Les oeuvres de Samuel Martin et d’Anne Michaux sont encore à voir jusqu’au 28 septembre à la Leslie’s Artgallery 66-68 rue de Luxembourg à Bridel : ouvert du mardi au samedi de 15 à 19 heures ; informations par e-mail : lebarnig@pt.lu; Internet : www.artgallery.lu