Luxemburger Wort : KOKIAN déboulonne le Pop

May 28th, 2009
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Kokian: un coup de pinceau détonnant, impulsif, explosif. (PHOTO: CHARLOT KUHN)

Luxemburger Wort, 28.5.2009, La Vie Culturelle, page 15

Une valeur montante de l’art actuel expose à Bridel

par Nathalie Becker

A chacune des expositions qu’organise la galeriste Leslie Barnig dans son bel espace de Bridel, nous admirons l’instinct de la jeune femme qui l’amène à dénicher et à nous faire découvrir des artistes plus que prometteurs.

En juin 2007, elle a invité pour la première fois un jeune peintre français encore inconnu du grand public luxembourgeois, Kokian. Aujourd’hui le dit artiste fait littéralement flamber le marché de l’art et on s’arrache sa présence de New York à Moscou. Mais qu’a-t-il de si particulier ce Kokian? Il a tout d’abord le pinceau rageur et se place comme le digne héritier de la figuration libre à la Combas et du «bad painting» dont Basquiat fut l’éphémère héros.

Egalement, l’originalité de Kokian réside dans le fait que la peinture fut la seule compagne de son adolescence solitaire et le réceptacle adéquat de sa révolte et du besoin viscéral de la crier. Les graffitis vindicatifs, intuitifs seront donc les vecteurs de son expression, et la rue son support de prédilection.

A 38 ans, Kokian ne s’est pas assagi. Il combat toujours avec le pinceau les injustices et l’hypocrisie notoire de notre société. Alors, il dérange allégrement l’ordre établi avec ses toiles qui deviennent de véritables agents provocateurs. Tout y est soulevé: La drogue, la prostitution, le sida, la violence et la guerre, les idolâtres du fric pas chic… La hargne de sa facture pourrait nuire à l’esthétisme des compositions. Que nenni! Kokian mixe allégrement le graffiti, la peinture à la bombe, les collages et l’acrylique. Le résultat est détonnant, impulsif, explosif.

Table presque rase

En 2008, l’artiste s’est attelé à une nouvelle série intitulée «Pop is dead» en référence à Warhol. Mais, le terme de série est à utiliser avec précaution chez Kokian. Chaque oeuvre qui la compose reste toutefois parfaitement unique et autonome. L’artiste déboulonne ici le Pop et ses icônes. Il est temps, selon lui, de passer à autre chose, d’aller de l’avant, d’être vierge de ses influences qui nous collent à la peau. Par conséquent, Marylin, le Che, Mao, Picasso, Einstein et consorts deviennent ses boucs émissaires tout comme les grandes figures de l’histoire de l’art que sont Léonard de Vinci et Vermeer.

Kokian se livre avec ces modèles de choix à de percutants anachronismes. «La jeune fille à la perle» du Maître de Delft nous apparaît taguée et bombée alors que Marylin est muée en punkette junky. Kokian le rebelle, avec cette série, comble son goût pour l’association mots-images-couleurs et nous invite à nous délecter de ses messages un brin subliminaux.

Jusqu’au 31 mai, Leslie’s art gallery, 66-68 rue de Luxembourg. Bridel