Le Quotidien : KOKIAN Cinglant

May 13th, 2009
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Le Quotidien 13.5.2009 page 37

Le Quotidien 13.5.2009, Culture,  pages 37 et 39

Artiste peintre génial, Kokian expose son style, fait de graffitis et de collages. Digne héritier de Basquiat et Combas, il est devenu une valeur sûre de l’art contemporain.

Pinceau rageur

EXPOSITION :  KOKIAN suit les traces de Basquiat et Combas. Sa peinture, nerveuse et explosive, est un régal.

Il est l’une des valeurs montantes de l’art contemporain. Parti de la rue, il est aujourd’hui présent dans les galeries du monde entier. Son style instinctif et militant plaît de plus en plus. Sa peinture mêlant sans concession sexe, drogue, violence et amour, pour un style graphique unique, fait de nombreux émules.

par Grégory Cimatti

KOKIAN n’est pas du genre à faire dans le faux-semblant. Il est brut, à fleur de peau, sans détour. À le voir sautillant sur place, instable et nerveux, on se dit que sa peinture le reflète si bien. Celle d’un électron libre. Son énergie, cet instinct vital qui s’est aiguisé dans les rues newyorkaises, à une époque où la misère et la solitude étaient son lot quotidien, transpirent à même la toile. On comprend aussitôt la rage et l’anarchisme artistique qui habitent ce personnage singulier. D’ailleurs, il le rappelle systématiquement dans son travail, à grands coups de pinceaux rageurs, toujours là quand il s’agit de pointer du doigt les horreurs terrestres.

Le Quotidien 13.5.2009 page 39

La Jeune Fille à la perle, de Johannes Vermeer, version Kokian, avec graffitis et slogans obsédants.

Artiste engagé, KOKIAN l’est assurément. Perméable aux affres du monde, il trouve dans son travail une manière de recracher sa bile, une forme d’exutoire, caractérisé par de vigoureux coups de pied dans la fourmilière humaine. Revendications écologiques, politiques ou sociales, il est sur tous les fronts. Ailleurs, l’allusion aux dégâts provoqués par les substances illicites et leurs paradis artificiels est également sensible, ainsi que le dieu dollar et ses idolâtres. Mais avec KOKIAN, ce combat est désordonné, organique. Un raz-de-marée tonitruant de signes, de mots, de supplications, d’avertissements, qui reviennent systématiquement dans son oeuvre. Cri du corps et du coeur, à la fois entêtant et hallucinant.

Picasso, Marilyn et les autres

Son désir de révéler les hypocrisies et les coulisses de notre société contemporaine ne se conceptualise pas, il se vit. Et c’est ce qui fait la force de KOKIAN, cette patte vive, cette signature nerveuse qui se développent à l’instinct. Les codes et les avancées poussives, tout en réflexion, ce n’est pas son genre. Lui se lance à l’assaut de la toile, la martyrise, génie impulsif pour qui l’équilibre ou la composition importent peu. Souvent – dans un atelier qu’on imagine sens dessus dessous – il travaille sur plusieurs toiles en même temps, sautant de l’une à l’autre, insatiable. Tout s’achève comme cela a commencé : de manière épidermique.

C’est qu’il a digéré le néoexpressionnisme du «Bad Painting» représenté par Basquiat et la figuration libre du virevoltant Combas, ses deux maîtres avoués. Maintenant, c’est à lui de se faire un nom. Et c’est plutôt bien parti. À Paris, comme à New York, KOKIAN est en vogue, au point que l’artiste n’arrive plus à contenter toutes les demandes. Un peu partout, ses «muses», aux lèvres démesurées et aux seins arrogants, s’arrachent. Et comme l’art de rue est également à la mode, ça ne gâche rien…

Chacun de ses tableaux est «graffité », travaillé à la bombe, à l’acrylique. L’homme aime travailler les couleurs, la matière et les collages, posant ici et là des affiches défraîchies et autres illustrations du dictionnaire. Et aucune série n’existe chez KOKIAN. Chaque oeuvre est unique. Son nouveau travail – intitulé «Pop Art is Dead», en référence à Andy Warhol, ne déroge pas à la règle. À travers des personnages historiques comme Picasso, Marilyn Monroe, Einstein, Le Che, et des figures célèbres de la peinture, que l’on évoque Léonard de Vinci ou encore Johannes Vermeer, l’artiste se pose la question : «À quoi ressembleraient-ils maintenant?», les repositionnant dans un contexte contemporain. Il comble au travers de cette collection son goût pour l’association image-mot-couleurs. Le message, lui, est clair : arrêtons de regarder en arrière et construisons un XXIe siècle digne de ce nom. KOKIAN s’y est déjà mis franchement. Incisif et cinglant, comme à son habitude.

Leslie’s Artgallery – Bridel.  Jusqu’au 30 mai.
www.kokian.com

Le mot du galeriste

«KOKIAN est quelqu’un de très pur en tant qu’artiste. Son travail est expressionniste. En effet, il ne se pose pas beaucoup de question au niveau de la structure de son tableau, ni de sa composition et sa construction. Du coup, le résultat est très instinctif, d’une grande fraîcheur. Un peu comme un enfant, sans véritable notion de perspective, qui se met à peindre, comme ça, sans réfléchir. C’est pour ça que KOKIAN n’a pas beaucoup d’égal. À mes yeux, c’est un phénomène à l’écriture singulière.»
Leslie Barnig